Mai 2008, N°14
Editorial
''Une nouvelle dynamique dans la prise en charge judiciaire des usagers de stupéfiants'', par Jean-Marie Huet, Directeur des Affaires criminelles et des Grâces
Selon les constatations de l’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies, la France bat le triste record européen du nombre de consommateurs de produits stupéfiants. On constate avec inquiétude la banalisation de l’usage de drogues et l’évolution vers la poly-toxicomanie. C’est précisément cette banalisation que refuse la loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance. Elle vise à accroître l’efficacité du traitement judiciaire de la toxicomanie, en prévoyant une réponse judiciaire systématique, rapide et efficace. Cette réponse concrétise ainsi aux yeux du consommateur l’interdit légal qui s’attache à l’usage d’un produit stupéfiant.
Le nouveau texte améliore la prise en charge des consommateurs par une réponse innovante: le stage de sensibilisation aux dangers de l’usage des produits stupéfiants. Avec l’institution du médecin relais, elle renforce l’efficacité de l’injonction thérapeutique. Elle aggrave la répression prévue pour certaines infractions commises sous l’emprise de la drogue.
C’est cependant sur le stage de sensibilisation aux dangers de l’usage des stupéfiants que je souhaiterais insister. Sa portée pédagogique est indéniable. Il permet de faire prendre conscience à l’usager des risques encourus pour sa santé quand il consomme de la drogue, quelle qu’elle soit, comme des conséquences judiciaires et sociales que cette consommation entraîne.
La loi a prévu une grande souplesse de recours à ce stage qui peut être ordonné à tous les stades de la procédure, notamment comme alternative aux poursuites, et peut être proposé aux usagers majeurs comme aux usagers mineurs âgés d’au moins treize ans.
Ce type de mesure est guidé par le profil et la personnalité de l’usager et c’est après son audition circonstanciée ou une enquête sociale que le procureur de la République prendra la décision la plus adaptée. Si la quantité de produit détenu est peu importante et que le délinquant est un usager occasionnel, le stage constituera une réponse pénale particulièrement indiquée.
Une autre dimension pédagogique importante réside dans le principe que l’usager devra assumer les frais du stage. Afin toutefois de ne pas faire perdre le bénéfice d’une telle mesure à un usager qui ne dispose pas de moyens financiers suffisants, le juge pourra, dans certaines circonstances, dispenser l’usager du paiement de ces frais.
L’efficacité de la réponse pénale voulue par la loi est conditionnée par un partenariat effectif entre les autorités judiciaires, sanitaires et sociales. Le procureur de la République en sa qualité de vice-président du Conseil départemental de la délinquance veille à ce que les orientations de la politique pénale en matière de lutte contre la toxicomanie soient intégrées au plan départemental de prévention. La MILDT, qui fixe le cahier des charges du stage, prend une part majeure dans le processus de lutte contre la toxicomanie.
La Direction des Affaires Criminelles et des Grâces s’engage avec détermination dans la mise en place concrète et rapide de cette mesure innovante et sait pouvoir compter sur le soutien de tous ses partenaires.
Actualités MILDT
Visite du centre Emergence Espace Tolbiac
Le 11avril, Etienne Apaire s'est rendu avec le Délégué de la MILDT, Julien Emmanuelli, au Centre Emergence Espace Tolbiac, un Centre spécialisé de soins aux toxicomanes (CSST), situé dans le 13e arrdondissement à Paris. L’échange a principalement porté sur la prise en charge ''systémique'' des jeunes consommateurs de cannabis, mettant en avant l’intérêt de s’appuyer sur des relais proches comme les parents pour optimiser la prise en charge. Ce type de prise en charge est validé par une série de travaux internationaux, incluant l’étude européenne INCANT (thérapie familiale des jeunes usagers de cannabis) à laquelle participe la France via Emergence et la MILDT, et dont les premiers résultats laissent penser que le principe en est transposable aux consommations d’alcool.
Intervention du président de la MILDT à la réunion annuelle des attachés douaniers
Durant la réunion annuelle des attachés douaniers le 23 avril 2008 à Paris, Etienne APAIRE a principalement évoqué les grands axes du projet de plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les toxicomanies 2008/2011. Il a mis l’accent sur ses aspects internationaux, notamment le besoin d’informer les résidents étrangers venant séjourner en France sur la législation applicable en matière de stupéfiants, les nouvelles routes de la drogue et la nécessité de recueillir du renseignement à l’étranger, tant opérationnel que stratégique.
Législation & règlementation
Circulaire relative à la lutte contre la toxicomanie et les dépendances
La circulaire relative à la lutte contre la toxicomanie et les dépendances du 9 mai 2008 apporte aux procureurs de la République les éclairages utiles à la mise en oeuvre des stages de sensibilisation aux dangers de l'usage de produits stupéfiants, nouvelle sanction introduite par la loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance. La circulaire rappelle également :
-les conditions d'accès à l'injonction thérapeutique aujourd'hui applicable tant aux drogues illicites qu'à l'abus d'alcool.
-le rôle du médecin relais : confirmation de l'opportunité médicale de l'injonction thérapeutique, articulation entre les services judiciaires et le médecin chargé du suivi de la personne, contrôle de l'application de la mesure.
La circulaire relative à la lutte contre la toxicomanie et les dépendances est publiée au Bulletin officiel.
Lutte contre le mésusage et le détournement de certains médicaments
Pour renforcer la lutte contre le mésugage et le détournement de certains médicaments, le Directeur général de la santé et le Directeur de la sécurité sociale ont fait publier le 8 avril l'arrêté du 1er avril 2008 pris en application de l'article 162-4-2 du code de la sécurité sociale. Cet arrêté fixe, après avis du directeur général de l'AFSSAPS, la liste des médicaments dont la prise en charge sera subordonnée à deux conditions :
- l'inscription du nom du pharmacien désigné par le patient sur l'ordonnance
- l'établissement, en cas d'usage abusif ou de mésusage, d'un protocole de soins entre le médecin traitant, le médecin conseil de la caisse d'assurance maladie et le patient.
Lire le communiqué de presse sur le site de l'AFSSAPS
Mise sur le marché de Méthadone AP-HP gélule
Mise sur le marché de la forme sèche (gélule) de la méthadone [Méthadone AP-HP®] en complément de la forme sirop existante, dans le traitement de substitution des pharmacodépendances majeures aux opiacés.
Cette nouvelle forme est réservée aux patients traités par la forme sirop de méthadone depuis au moins un an et stabilisés notamment sur le plan médical et des conditions addictives.
Un cadre spécifique de prescription et de délivrance a été élaboré afin de sécuriser son utilisation et limiter ainsi les risques de mésusage et d'abus et le risque d'overdose mortelle, notamment en cas de prise par des patients peu ou non dépendants aux opiacés.
Des information importantes garantissant son bon usage et sa sécurité d'emploi accompagnent sa commercialisation :
-un plan de gestion des risques
-une lettre d'information destinée aux médecins prescripteurs et pharmaciens
-une lettre aux patients (devant être remise lors de l'initiation du traitement par méthadone gélule)
Suivi des mesures d'injonction thérapeutique et médecins relais
Observation & recherche
La culture illicite de cannabis en France

La consommation de cannabis atteint dans notre pays un niveau préoccupant. Cette drogue est le plus souvent importée mais une partie du cannabis consommé est aussi produite sur notre territoire. Selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), la France compterait aujourd’hui 200 000 ''cannabiculteurs".
Face à ce phénomène, la MILDT a demandé à l’Institut national des hautes études de sécurité (INHES) de réaliser une étude sur la culture illicite de cannabis en France, en liaison avec l’OFDT. Les premiers résultats de l'enquête permettent d'estimer la production annuelle française de cannabis à 32 tonnes ce qui représente entre 950.000 et 1,3 million de plants de cannabis récoltés. La production nationale avoisinerait 11,5% de la consommation totale de cannabis, soit 1 joint sur 9 fumés. Cette estimation, qui se base sur des enquêtes réalisées en 2005 (hors DOM), ne s’applique qu’au cannabis strictement destiné à la consommation personnelle.
Pour compléter ce premier volet, l’INHES va poursuivre l’étude en prenant aussi en considération la culture réalisée pour la distribution (vente et don) et en approfondissant, notamment, les travaux de l’OFDT sur le taux de THC du cannabis produit, à partir des dernières constatations des services chargés de l’application de la loi.
L'étude est en ligne sur le site de la MILDT : www.drogues.gouv.fr
Politiques publiques
Evaluation de la procédure d'ivresse publique et manifeste (IPM)
Par note du 1er août 2007, les ministères de l'Intérieur, de la Justice, de la défense et de la Santé ont chargé leurs Inspections générales d'une mission d'évaluation de la procédure d'ivresse publique et manifeste.
Dans ce rapport, rendu en février 2008, la mission interministérielle évalue la pertinence et l'efficacité du dispositif actuel de prise en charge des personnes trouvées en état d'ivresse manifeste sur la voie publique ainsi que son coût pour les services. Elle formule un certain nombre de préconisations et de recommandations visant, notamment, à la sécurisation juridique du dispositif, à sa prise en charge financière, à l'amélioration de son efficience ainsi qu'à une meilleure prise en compte de la dimension sanitaire de l'ivresse publique manifeste.
Application de la loi & lutte contre le trafic
La lutte contre les infractions à la législation sur les stupéfiants sur Internet
A la demande du Président de la MILDT, le site internet Dailymotion a procédé fin mars au retrait d’un reportage diffusé à l’origine par Canal Plus dans le cadre de l’émission « Le Vrai Journal », portant sur le déroulement d’une « cannabis cup » à Basse-sur-le-Rupt, dans le département des Vosges, en 2002. Les internautes pouvaient y voir, durant plus de 7 minutes, des dizaines d’individus rassemblés dans une colonie de vacances pour consommer du cannabis, élire le meilleur « rouleur de joints » et désigner la meilleure variété de cannabis.
Comme la plupart des grands hébergeurs, Dailymotion a mis en place des mesures techniques destinées à faciliter la remontée d’informations quant à la présence éventuelle de contenus litigieux. En effet, à chaque vidéo mise en ligne est associé un lien « signaler cette vidéo » qui permet d’en demander le retrait par le biais d’un court formulaire. Cette démarche demande évidement une vigilance constante pour les acteurs engagés dans la cybercriminalité.
En matière de drogues illicites, l’article L.3421-4 du code de la santé publique peut être invoqué. Il punit de cinq ans d'emprisonnement et de 75.000 euros d'amende la provocation à l’usage illicite et au trafic de stupéfiants ou de produits présentés comme ayant les propriétés de stupéfiants, alors même que cette provocation n'a pas été suivie d'effet. Le fait de présenter ces infractions sous un jour favorable est puni des mêmes peines.
Etant donné l’ampleur aujourd’hui que prend Internet, la lutte contre les infractions à la législation sur les stupéfiants commises sur ce média sera renforcée dans le cadre du prochain plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les toxicomanies 2008-2011 piloté par la MILDT.
Europe
Europol

Organisation européenne de mise en application des lois, l'Office européen de police a été créé en 1992 par le traité de Maastricht. Basé à La Haye (Pays-Bas), Europol a pour objectif d'aider les États membres à coopérer plus étroitement et plus efficacement dans la prévention de la criminalité internationale organisée et la lutte contre ce phénomène, notamment pour tout ce qui concerne le trafic illicite de stupéfiants, les filières d'immigration clandestine, la traite des êtres humains, y compris la pornographie enfantine, le trafic de véhicules volés, la fabrication de fausse monnaie et la falsification d'autres moyens de paiement, le trafic de matières radioactives et nucléaires, ainsi que le terrorisme.
Europol apporte son concours aux États membres en facilitant l’échange d'informations entre eux, en fournissant des analyses opérationnelles et en contribuant aux opérations que conduisent ces États mais aussi en apportant son expertise et son assistance technique aux enquêtes et opérations menées au sein de l’UE, sous le contrôle et la responsabilité juridique des États membres concernés. Ce concours se traduit également par l’élaboration de rapports de type stratégique (ex: évaluations de la menace) ainsi que d’analyses d'activités criminelles à partir d'informations et de renseignements communiqués par les Etats membres ou par d'autres sources.
La mission d'Europol est également de créer et de gérer un système informatisé (TECS) permettant l'introduction, l'accès et l'analyse de données pertinentes. Une autorité de contrôle commune, composée de deux experts par État membre, veille à la bonne utilisation de toutes les données à caractère personnel.
Agenda
31 mai - Journée mondiale sans tabac

Créée en 1987, la Journée mondiale sans tabac à pour but de mieux faire connaître, partout dans le monde, l’épidémie de tabagisme et ses effets mortels.
Le thème de cette année est "Jeunesse sans tabac" :
Plus les jeunes commencent à fumer tôt, plus ils risquent de devenir des fumeurs réguliers et moins ils auront de chances de pouvoir s'arrêter.
Il est clairement établi que l’exposition à la publicité directe et indirecte en faveur du tabac incite les jeunes à expérimenter davantage le tabac. L'industrie du tabac dépense des dizaines de milliards de dollars dans le monde chaque année pour commercialiser ses produits de manière efficace.
Face à cette menace, la Journée mondiale sans tabac de cette année met l’accent sur le message suivant:
"Un des moyens les plus efficaces pour les pays d’éviter que les jeunes ne fassent l’expérience du tabac et ne deviennent des consommateurs réguliers consiste à interdire toute forme de publicité directe et indirecte pour le tabac, y compris la promotion des produits du tabac et le parrainage par l’industrie du tabac de manifestations ou d’activités."
Colloque organisé par le Centre de Soins Psychotérapeuthiques de Transition pour Adolescents et le Service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent
"Psychotropes et adolescents : à qui et à quoi ça sert ?" - 12 juin 2008, Paris, France
A travers cette journée, les professionnels de l'adolescence souhaitent proposer plusieurs axes de réflexions qui rendent compte des difficultés et des enjeux de la prescription des médicaments psychotropes chez l'adolescent. Il n'est pas question ici de reprendre un guide des pratiques ou des effets secondaires des médicaments les plus usités, mais d'ouvrir des espaces de pensée et des discussions lors de tables rondes qui traiteront de différentes facettes souvent silencieuses et implicites de la prescription des psychotropes chez l'adolescent, dans leurs dimensions subjectives, anthropologiques, leurs dynamiques institutionnelles ou dans la prise en compte de la place du corps de l'adolescent.
29èmes Journées nationales de l'ANIT
"Addictions au quotidien, l'ordinaire des addictions" - Du 12 au 13 juin 2008, Nîmes, France
Ces journées auront pour but de comprendre et de mieux cerner les formes d'un usage au quotidien, de l'école à l'entreprise, du lieu de fête à l'espace de la famille, cela, moins dans la distinction d'une typologie d'usage maintenant bien établie que dans leurs dimensions existentielles.
Si les figures de l'exclusion heurtent par leur violence, les usages "raisonnés" voire raisonnables interpellent en soulignant la part humaine qu'il serait vain d'espérer "rejeter sur les marges".
2ème Symposium international sur le jeu excessif. OFSP
"Prévenir le jeu excessif dans une société addictives ?" - Du 19 au 20 juin 2008, Lausanne, Suisse
Dans un contexte d'expansion économique sans précédent de l'industrie des jeux d'argent, quelle peut être la place d'une politique de santé publique des addictions dites "comportementales" ?
