Janvier 2009, N°21

Editorial

Les vœux du Président de la MILDT

En ce début d’année, je tiens à présenter à tous les lecteurs de la lettre de la MILDT, à leur famille et à ceux qui leurs sont chers, mes meilleurs vœux pour 2009. Je souhaite à chacun d’entre vous la réussite dans ses projets et surtout la persévérance dans l’action entreprise, qui seule permet de mener à bien les réformes nécessaires et porteuses d’avenir.

Pour la MILDT, 2008 fut une année riche en événements tant au niveau national qu’au niveau européen.

Le 8 juillet dernier, le plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les toxicomanies a été validé par le Premier ministre. Ce plan préparé par la MILDT et l’ensemble des ministères et partenaires concernés repose d’abord sur une extension du domaine de la prévention, qu’il élargit aux mesures pouvant avoir un effet dissuasif sur les consommations. Il prévoit notamment des actions contre la culture illicite de cannabis, l’offre de drogues sur Internet ainsi que la mise en place - au niveau européen - d’une structure permettant de mieux gérer les biens criminels saisis. Il vise aussi à renforcer la coopération policière et douanière et diversifie enfin, le dispositif de prise en charge sanitaire et sociale en ciblant les populations exposées et vulnérables.

Au niveau européen, la présidence française de l’Union européenne a été également un temps fort de l’année 2008. Le Groupe horizontal drogues que j’ai eu l’honneur de présider, a largement contribué à l’élaboration du plan d’action drogue 2009-2012 approuvé le 8 décembre par le Conseil des ministres de l’UE. Ce plan qui se veut plus ambitieux et plus pragmatique que le précédent vise à fournir un cadre cohérent au niveau de l’UE pour l’adoption de mesures permettant la réduction de la demande et de l’offre de drogues.

Parallèlement, pendant tout le semestre de la présidence française, de nombreuses manifestations ont eu lieu en France et à l’étranger. La MILDT s’y est pleinement associée en organisant à Paris trois événements importants. La réunion des 27 coordinateurs drogues de l’UE a permis de conclure sur la nécessité de mutualiser les bonnes pratiques en favorisant notamment la diffusion des campagnes d’information d’un pays à l’autre et sur celle de mieux articuler les approches drogues illicites/alcool.

Par ailleurs, la nécessité de lutter avec détermination contre une économie souterraine qui, selon les termes de Michèle Alliot-Marie en ouverture de la manifestation « fragilise les équilibres sociaux et menace l’intégrité des systèmes financiers à l’échelle nationale, européenne et mondiale » a conduit la MILDT à organiser le colloque « Argent de la drogue, économie souterraine et saisie des avoirs criminels » le 21 novembre autour d’intervenants de très haut niveau parmi lesquels l’écrivain italien Roberto Saviano, auteur de « Gomorra».

Enfin, et ainsi que l’a rappelé Roselyne Bachelot, c’est la volonté de développer la recherche tant en terme de traitements que d’évaluation qui a été à l’origine du colloque « Comment mieux traiter les addictions aux drogues ? Nouveaux défis scientifiques et cliniques pour l’Europe », organisé à la Sorbonne les 9 et 10 décembre autour d’une trentaine de chercheurs et cliniciens internationaux.

En 2009, notre action se poursuivra de manière déterminée avec un accent particulier sur le volet  prévention/ communication dont l’objectif est d’apporter à tous une meilleure connaissance sur les dangers des drogues.
Pourtant si la parole institutionnelle est importante, elle ne peut pas se substituer à celle des parents dont le rôle éducatif est primordial et qui doivent se sentir légitimes à poser des limites. Pour cette raison, une grande réflexion sur l’aide à la parentalité sera conduite. De même,  dans le milieu du travail où près de 20% des accidents et des problèmes d’absentéisme seraient en lien avec l’usage d’alcool, de psychotropes ou de stupéfiants, un état des lieux sera dressé et des actions de prévention seront mises en œuvres, en lien avec les partenaires sociaux .

Cependant, ces actions de prévention ne seront efficaces que si elles peuvent se fonder sur le socle, parfois oublié, voire mal connu, du cadre légal entourant les drogues. Une campagne d’information sera donc diffusée afin de rappeler et d’expliquer le statut de ces produits au regard de la loi.

La mobilisation autour de ces enjeux est essentielle. Elle est la condition indispensable qui permettra de porter une parole cohérente et de ce fait audible par les jeunes. Les adultes sont la clé de voûte de l’action. A ce titre nous sommes tous concernés. Je souhaite qu’en unissant nos forces, nous fassions de 2009 une année fructueuse pour une prévention élargie.
 

Etienne Apaire

Actualités MILDT

Dernier Groupe Horizontal Drogues sous présidence française de l'Union européenne, le 16 décembre 2008

Réuni à Bruxelles pour une dernière réunion du Groupe Horizontal drogues (GHD) sous Présidence française de l’Union européenne, Etienne Apaire et ses 26 homologues européens se sont félicités des avancées en matière de lutte contre les drogues à l’échelle européenne au cours de ces six derniers mois. La France et les autres Etats membres ont en effet décidé de donner une nouvelle impulsion aux politiques européennes en la matière par l’adoption du nouveau plan d’action drogues pour la période 2009-2012. Approuvé le 8 décembre par le Conseil des ministres de l’Union européenne, ce plan se veut plus pragmatique, plus concis et plus ambitieux que le précédent (2005-2008). L’objectif du plan est de fournir un cadre cohérent au niveau de l’UE pour l’adoption de mesures préventives et répressives permettant la réduction de l’offre et de la demande de drogues. Le plan a pour but ultime de diminuer sensiblement l’importance de la consommation de drogues au sein de la population et de réduire les dommages sanitaires et sociaux inhérents à la consommation et au trafic de drogues illicites.  

 

Colloque européen "Comment mieux traiter les addictions aux drogues? Nouveaux défis scientifiques et cliniques en Europe"organisé les 9 et 10 décembre à la Sorbonne, Paris

Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative, a ouvert ce colloque en soulignant la nécessité de la recherche, tant en termes de traitement que d’évaluation. Robert West, rédacteur en chef de la prestigieuse revue Addiction, a souligné que l’objectif global du colloque était de contribuer à l’émergence de nouvelles avancées scientifiques en matière de recherche et de soins, notamment en matière d’addiction à la cocaïne et à l’alcool pour le traitements desquels les cliniciens sont assez démunis, tout en posant les bases de futures coopérations en matière de recherche au niveau de l’Union européenne.

Sept sessions se sont ensuite succédées durant les deux jours du colloque, lors desquelles une trentaine de chercheurs et de cliniciens européens et internationaux de très haut niveau ont évoqué les avancées de la recherche et des soins en addictologie.

Etienne Apaire a clôturé le colloque en appelant à une plus grande mutualisation des compétences et des savoirs entre pays européens dans le domaine de la recherche contre les addictions.

 

Ci-dessus en photo, Robert West, rédacteur en chef de la revue "Addiction"

Déplacement en Picardie, le 5 décembre

Le président de la MILDT s'est déplacé  à Amiens pour une rencontre avec Henri-Michel Comet, préfet de la région Picardie, préfet de la Somme. A cette occasion, une présentation de la Task Force Alcool a été faite. Pilotée  par Mickaël Naassila, professeur de physiologie à la faculté de pharmacie d'Amiens, ce groupe de travail a pour mission de réduire la consommation d'alcool dans la région picarde, notamment chez les plus jeunes, grâce à une meilleure coordination des différentes actions de prévention mises en oeuvre.

En fin de journée, une visite de l’association Le Mail, située dans la Somme, a été organisée. Cette association a pour mission la prise en charge des toxicomanes, la réduction des risques liés à l'usage des drogues, la prévention des toxicomanies. L'association dispose également d'une unité mobile qui sillone les zones rurales pour aller à la rencontre des populations et faire de la prévention, du soin, de la réduction des risques.

 

Europe

Le plan d’action drogue de l’UE 2009-2012

Ce plan européen adopté le 18 septembre par la Commission et approuvé le 8 décembre par le Conseil des ministres de l’UE vise à fournir un cadre cohérent au niveau de l’UE pour l’adoption de mesures permettant la réduction de la demande et de l’offre de drogues.

Sur le plan de la prévention, il entend mobiliser la société civile autour de l’initiative « Alliance européenne contre la drogue » qui sera lancée en juin prochain, il vise à mener des actions sur les lieux de travail et à mutualiser les bonnes pratiques de prévention.

En ce qui concerne la lutte contre l’offre, l’objectif est notamment  de mettre en œuvre un dispositif de protection des témoins menacés (repentis), de développer les plates formes régionales de sécurité pour bloquer les routes de la drogue et de mettre en place des agences de recouvrement des avoirs confisqués dans tous les Etats membres afin de lutter contre l’argent de la drogue.

Dans le domaine de la coopération internationale, le plan prévoit de mettre en oeuvre des projets de développement des cultures de substitution et il entend faire  de l’Afrique de l’Ouest, nouvelle plaque tournante du trafic, une zone d’action prioritaire.

Il met enfin  l’accent sur la recherche avec notamment  l’étude qui sera menée sur le rôle d’Internet dans le trafic de drogues.

Médicaments contenant des stupéfiants

Le 12 décembre, l’accord d’association à Schengen conclu entre la Suisse et l’Union européenne est entré en vigueur. Il en résulte des changements multiples, parmi lesquels des mesures destinées à lutter contre le petit trafic des stupéfiants. Les patients qui se rendent à l’étranger dans l’un des pays de l’Espace Schengen et dont le traitement médicamenteux comporte des stupéfiants peuvent se munir d’un certificat officiel destiné à justifier la possession légale de ces produits.

Le document officiel comporte les données de base du patient, parmi lesquelles le numéro de la pièce d’identité, ainsi que celles relatives au médicament. Muni du certificat, le patient doit encore faire authentifier ce document par le pharmacien qui dispense le médicament. Le patient peut ensuite se rendre dans l’un des pays de l’Espace Schengen sans encourir de risque.

Les médecins et pharmaciens connaissent la liste des produits soumis à ce système de certificats, de même que la liste des pays faisant partie de l’Espace Schengen. Swissmedic, l’Institut suisse des produits thérapeutique, met à disposition l’information de base nécessaire ainsi que le formulaire officiel vierge au moyen de son site Internet : www.swissmedic.ch/stup.asp.

Les certificats ne peuvent comporter la quantité de stupéfiants que pour une durée maximale d’un mois. Si le séjour à l’étranger dure plus d’un mois, les patients doivent se procurer les médicaments nécessaires dans le pays où ils se trouvent.

En introduisant le système permettant aux patients d’obtenir de leur médecin et leur pharmacien un certificat officiel pour justifier le transport de stupéfiants, la Suisse concrétise une mesure de l’accord de Schengen permettant de lutter contre le petit trafic illicite fait avec ces produits. Elle s’aligne ainsi sur les autres pays de l’Espace Schengen, dans lesquels un tel système est d’ores et déjà en vigueur.

Législation & règlementation

Lutte contre les précurseurs de drogues

L'ordonnance n°2008-1340 du 18 décembre 2008 répond aux objectifs suivants :

  • organiser le contrôle des précurseurs pouvant être détournés en vue de permettre la fabrication illicite de produits stupéfiants ou de substances psychotropes ;
  • mettre en oeuvre les mesures permettant aux entreprises de coopérer avec les pouvoirs publics en leur notifiant des soupçons sur toute commande inhabituelle ou suspecte ;
  • permettre aux services de répression de conduire des enquêtes à partir de ces informations en vue d'appréhender les individus tentant d'obtenir des précurseurs afin de fabriquer des drogues ;
  • confier aux services compétents du ministère de l'économie, de l'industrie et de l'emploi les pouvoirs juridiques leur permettant d'exercer des contrôles dans les entreprises ou lors de la circulation des précurseurs ;
  • sanctionner les manquements aux obligations prévues par les règlements communautaires et par le dispositif législatif national.

Rapport au Président de la République relatif à l'ordonnance n°2008-1340 du 18 décembre 2008 relative au contrôle de la fabrication et du commerce des précurseurs de drogues

Plan Espoir Banlieue

La circulaire n°2008-174 du 18 décembre 2008 a pour objectif de mettre en oeuvre dans un certain nombre d'établissements scolaires les décisions du Comité interministériel des villes du 20 juin 2008 relatives au décrochage scolaire.

Ressources pour la prévention

Un guide pour prévenir les conduites dopantes

Le ministère de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative vient de publier un guide intitulé « Comment prévenir les conduites dopantes ? Guide à l'attention des acteurs ».

Ce guide a pour objectif d’apporter à tous les acteurs de la prévention des conduites dopantes une clarification sur le cadre ainsi mis en place et une aide pour la réalisation d’actions de prévention cohérentes avec la politique nationale de prévention :

 

  • des concepts et un vocabulaire communs (quelques repères sur les conduites dopantes, les conduites addictives, la santé et la prévention);
  • les objectifs, publics et descriptif du programme de prévention des conduites dopantes dans le sport;
  • des ressources disponibles pour l’information, la documentation, l’aide méthodologique, l’écoute et le soin;
  • des conseils méthodologiques pour mettre en place des actions de prévention en cohérence avec les buts et objectifs de ce programme;
  • des informations et conseils d’utilisation sur les outils disponibles;
  • un référentiel de formation.

Ce guide a naturellement vocation à s’inscrire en cohérence et en continuité avec le contexte international de lutte contre le dopage, les axes nationaux de lutte contre le dopage dans le sport (contrôles, lutte contre la disponibilité des produits dopants) et les orientations du plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les toxicomanies 2008-2011.

Une version actualisée du guide sera disponible par téléchargement courant janvier 2009 à l'adresse suivante : http://www.santesport.gouv.fr

Observation & recherche

Activité des « consultations jeunes consommateurs » (2005-2007)

A travers l'analyse des publics reçus pour leur consommation de cannabis ou pour d'autres addictions, le dernier numéro de Tendances (n° 63) décrit les filières de recrutement et les réponses offertes, entre 2005 et 2007, au sein des « consultations jeunes consommateurs ». Il fait suite au Tendances n° 50 paru en 2006, qui présentait un premier bilan des consultations cannabis.

Les résultats présentés intègrent des réflexions inédites quant à la nature des demandes, les motivations d'usage, les critères d'appréciation de la dépendance, les réponses offertes aux différents profils d'usagers et l'évolution de leurs parcours de consommation au fil des séances.

On remarquera notamment la prédominance des hommes (81%), des jeunes majeurs et des justiciables parmi les consultants. La demande majoritairement exprimée, quelle que soit la fréquence d'usage, est l'arrêt de la consommation (43,8%). Plus d'un tiers d'entre eux sont diagnostiqués "dépendants" au cannabis (36% en moyenne, cette proportion croissant avec l'âge des consultants pour atteindre 45% parmi les plus de 25 ans).

Document disponible en téléchargement sur le site de l'OFDT

Carnet

Décès du Professeur Claude Olievenstein

Le 14 décembre dernier, la France a perdu l’un de ses plus grands spécialistes de la toxicomanie. Claude Olievenstein fut en effet l’un des premiers, au début des années 1970, à s’intéresser aux jeunes toxicomanes. C’est d’ailleurs pour leur offrir une meilleure prise en charge qu’il ouvre en 1971 le Centre médical Marmottan, un lieu aujourd’hui de renommée nationale et internationale.

Claude Olievenstein a déromantisé l’usage de la drogue en rappelant qu’il n’y avait pas de drogués heureux (titre de l’un de ses ouvrages publié en 1977). Jusqu’à sa maladie, il a consacré toute son énergie à la prise en charge des toxicomanes et à la compréhension de ce phénomène. On retiendra d’ailleurs sa formule devenue célèbre : « la toxicomanie, c’est la rencontre entre un individu, un contexte social et un produit ».

La MILDT rend hommage à ce grand humaniste. Dans son sillage, il faut s’efforcer de faire en sorte que le sujet des drogues et toxicomanies ne soit plus un tabou en France.

Agenda

Colloque LASI, CERTA, Albatros, UTRPP

"Entre corps et psyché: les addictions" - Le 31 janvier 2009 à Paris-La Défense
Le tissage agencé entre le soma et la psyché où s'entremêlent ubris et procédés auto-calmants, telle est la trame de ce colloque organisé selon le double paradigme de l'addictologie bio-psycho-sociale et de la psychanalyse. Des cliniciens et chercheurs de ces deux champs croiseront leurs expériences cliniques et leurs hypothèses afin de repérer les possibles stratégies thérapeutiques avec ces sujets.