mars 2009 n° 23

Editorial

Par Koli Kouame, Secrétaire de l'Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS)

Il y a 100 ans, existait un marché libre des drogues. Les substances toxicomanogènes n’étaient soumises à aucune réglementation et faisaient l’objet d’abus à grande échelle.  

En Chine, près d’un quart de la population masculine adulte consommait l’opium. On estimait la consommation d’opiacés sur le seul territoire chinois à plus de 3 000 tonnes équivalent morphine, soit bien plus que ce qui est consommé, licitement ou illicitement, de nos jours dans le monde entier. Aux États-Unis, environ 90 % des stupéfiants étaient utilisés à des fins non médicales. À mesure que l’abus de drogues gagnait du terrain, de plus en plus de gens venaient à côtoyer la détresse, la misère et la honte qui vont de pair avec ce fléau. 

Les profits tirés de cette drogue étaient considérables et pouvaient représenter une grande partie du revenu national de certains États. Au début du XXème siècle, la Chine tirait au moins 14 % de ses revenus de la drogue. 

D’un point de vue économique, il y avait donc tout intérêt à maintenir le statu quo. Il est donc d’autant plus remarquable que les 13 Etats* qui se sont réunis à Shanghai (Chine) en février 1909, en vue de discuter pour la première fois du contrôle international des drogues à la Commission internationale de l’opium, ont atteint un consensus sur la lutte contre les dommages causés par le commerce de l’opium.  

La Commission de Shanghai représente l’une des premières initiatives véritablement internationales visant à s’attaquer à un problème mondial. Elle a mis fin à des décennies d’indifférence face aux problèmes de drogue. Les recommandations faites à Shanghai ont été consacrées trois ans plus tard par un traité multilatéral juridiquement contraignant, le premier en son genre : la Convention internationale de l’opium, signée à La Haye le 23 janvier 1912. 

Aujourd’hui, le régime international de contrôle des drogues repose sur les trois grands traités internationaux relatifs au contrôle des drogues : la Convention unique sur les stupéfiants de 1961, la Convention de 1971 sur les substances psychotropes et la Convention des Nations Unies contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes de 1988. 

Considérant que 95 % des États Membres des Nations Unies sont parties à ces conventions, le contrôle multilatéral des drogues apparaît comme l’un des plus grands succès du XXème siècle. Pour sa part, l’Organe international de contrôle des stupéfiants administre depuis quarante ans un régime mondial de contrôle qui ne cesse de s’étendre. Ainsi, le nombre de substances placées sous contrôle international est passé de quelques dizaines à plus de 200. En outre, les besoins nationaux légitimes en stupéfiants et substances psychotropes ont explosé. 

Bien que le champ d’application du contrôle international soit de plus en plus large, il n’y a presque aucun détournement de stupéfiants du commerce licite vers le marché illicite. S’il arrive que des détournements de substances psychotropes se produisent, la Convention de 1971 a permis de réduire considérablement la prescription de barbituriques et autres hypnotiques. L’efficacité de la coopération internationale en matière de contrôle de la fabrication et des échanges licites de stupéfiants et de la plupart des substances psychotropes a obligé les trafiquants à recourir à la fabrication illicite de drogues. 

Ce serait toutefois nier l’évidence que de prétendre qu’il n’y a plus de défis à relever, lesquels défis sont souvent liés aux problèmes contemporains. Mais de là à dire que la légalisation des drogues “résoudrait” le problème mondial de la drogue, c’est ignorer les faits historiques. Compte tenu des expériences de Shanghai et autres plus récentes, toute suggestion visant à légaliser la consommation de drogues illicites paraît plutôt simpliste et déplacée. Il n’y a pas de solutions “rapides ni figées” au problème de la drogue. Le monde n’est-il pas en train de se poser des questions sur la nécessité de réguler, après tant de problèmes que la dérégulation semble poser ces temps-ci. 

Les gouvernements devraient continuer à prendre des mesures pour s’attaquer, de manière globale, durable et concertée, à l’abus et au trafic illicite de drogues et ceci dans l’esprit et la lettre de Shanghai. C’est là que se trouve la solution au problème mondial de la drogue.  

*Allemagne, Autriche, Chine, Etats- Unis d’Amérique, Fédération de Russie, France, Iran, Italie, Japon, Pays-Bas, Portugal, Thaïlande, Royaume Uni de Grande Bretagne et d’Irlande du Nord

Actualités MILDT

Célébration du centenaire de la commission internationale de l'opium à Shangai

Les 26 et 27 février,  Etienne Apaire, président de la MILDT, s’est déplacé à Shanghai afin de participer à la célébration du centenaire de la commission internationale de l’opium.

Créée à Shanghai en 1909, cette commission fût à l’origine de la 1ere conférence internationale  sur le contrôle des drogues. Elle a ouvert une nouvelle période de coopération antidrogue multilatérale et a abouti en 1912 à la signature de la première convention internationale sur le contrôle des drogues : la convention internationale de La Haye sur l’opium. La création de la commission a été d’une grande importance dans l’histoire du contrôle international des drogues.

L’évènement organisé les 26 et 27 février 2009 par le gouvernement chinois à Shanghai avait pour objectif de commémorer cette création mais aussi d’évaluer les efforts internationaux dans la lutte contre les drogues illicites, d’échanger les expériences et de renforcer la coopération internationale dans ce domaine. La conférence de commémoration et les visites d’étude dans les centres de soins et de réinsertion ont été parmi les moments forts de cet événement. 

Rencontre avec la présidente de l'APEEL

Le mercredi 11 février, Etienne Apaire a rencontré Béatrice Barraud, présidente de l’APEEL ( Association des Parents d’Elèves de l’Enseignement Libre ) 

Cet entretien s’inscrit dans une série de consultations du président de la MILDT avec les associations nationales de parents d’élèves.

Les actions de prévention et de communication prévues dans le plan gouvernemental 2008/2011 et les prochains états généraux de la parentalité ont été évoqués, avec l’idée partagée que les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants et que la solidarité entre adultes est nécessaire.  

Le président de la MILDT et la présidente de l’APEEL ont décidé d’agir en échangeant des questionnements et en suscitant des débats, sachant que  les questions de drogues sont à la fois l’une des premières préoccupations des familles et celles dont on parle le moins.

L’expertise de l’APEEL  sera sollicitée par la MILDT dans la recherche de synergies ainsi que sur la meilleure manière mobiliser les réseaux.

Législation & règlementation

Classement comme cannabinoïdes de substances contenues dans le "SPICE"

Par arrêté publié au Journal officiel du 27 février 2009,  la ministre de la Santé et des Sports a classé comme stupéfiant un ensemble de substances cannabinoïdes (JWH-018, CP 47,497 et homologues (C6, C8 et C9) et HU-210). Ce classement intervient en raison des propriétés pharmacologiques, des effets psychoactifs et du potentiel d’abus et de dépendance de ces substances.

Etienne Apaire s’est  félicité de cette décision qui fait suite à la proposition de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) après avis de la Commission nationale des stupéfiants et des psychotropes. Elle  intervient après plusieurs signalements sur des mélanges de plantes utilisés comme substitut du cannabis vendus comme encens sur plusieurs sites Internet, notamment sous les noms de « Gorilla », « Spice » et « Sence ». 

Ce classement démontre l’implication et la vigilance des pouvoirs publics face à l’apparition de nouvelles substances psychoactives et il est en totale cohérence  avec le plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les toxicomanies 2008-2011 qui  prévoit un ensemble de mesures contre la cybercriminalité concernant l’usage et le trafic de drogues.  

La MILDT et les ministères concernés s’attachent à mobiliser au plan national et au plan européen les acteurs d’Internet (fournisseurs d’accès, gestionnaires de moteurs de recherche, hébergeurs et éditeurs de sites) sur le respect de la législation interdisant la consommation et le commerce de drogues.  Par ailleurs, la France s’efforcera de sensibiliser les pays membres de l’Union européenne afin qu’ils prennent des mesures similaires à celles déjà adoptées par l’Allemagne, les Etats-Unis et aujourd’hui la France.  

Application de la loi & lutte contre le trafic

Michèle Alliot - Marie réunit les GIR

Le 12 février, Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer et des Collectivités territoriales a réuni les responsables des groupements d’intervention régionaux (GIR). A cette occasion, elle a présenté le bilan de l’année 2008 et a donné ses directives pour 2009.

En France, 34 GIR  regroupent policiers, gendarmes, représentants du ministère du budget (douane, impôts), du ministère de l'économie, de l'industrie et de l'emploi  (DGCCRF) et du ministère du travail, des relations sociales, de la famille, de la solidarité et de la ville. Ils interviennent notamment dans le cadre de la lutte contre  les trafics locaux de stupéfiants, d’objets ou de véhicules volés ou recelés et d’actions violentes concertées. Le nombre de leurs opérations s’est accru de 20 % en 2008.

En ce qui concerne la lutte contre  la drogue, la ministre a fait état d’une forte hausse des saisies (près de 130 % d’augmentation pour le cannabis, 280 % pour l’ecstasy). Parmi les objectifs prioritaires pour 2009, Michèle Alliot-Marie a souligné la nécessité de renforcer la lutte contre le trafic de stupéfiants, qui devra atteindre un tiers de l’activité des GIR.  La lutte contre ce type de trafic constitue "un moyen d’enquête efficace pour déstructurer des systèmes de délinquance ancrés sur certains territoires" a déclaré la ministre.

Photo : ministère de l'Intérieur - DICOM -  Serge Quintin

Lutter contre la cyberdélinquance avec « Cyberdouane »

Le 10 février,  Eric Woerth, ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique,  a inauguré  « Cyberdouane » à la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières  (DNRED).

La mission de "Cyberdouane" est  de  recueillir, d’enrichir et d’exploiter les renseignements permettant de lutter efficacement contre les fraudes sur Internet (importations de produits stupéfiants, médicaments, contrefaçons, armes et munitions, œuvres d’art et toute autre marchandise objet de trafics ou de transactions illicites). 

Afin de répondre à la  progression de la « cyberdélinquance » qui accompagne le développement du commerce sur internet,  le ministre du budget a porté les effectifs de « Cyberdouane » à 15 agents : 8 analystes du renseignement et de 7 enquêteurs douaniers  contre 4 agents auparavant.                                              

Les « cyberdouaniers », spécialisés dans les nouvelles technologies, ont pour mission de détecter les transactions illicites sur Internet et de déclencher des contrôles ciblés ainsi que des enquêtes approfondies.  « Cyberdouane » est le premier volet d’un vaste plan qui s’articule autour de 9 idées fortes : renforcer les moyens de contrôle; démanteler les filières; adapter l’arsenal juridique; développer les coopérations inter-administrations, avec les titulaires de droits des marques, les fournisseurs d’accès Internet, les sites marchands, les établissements financiers et de paiement sur Internet, au niveau international  et responsabiliser les consommateurs.

Eric Woerth souhaite voir doubler les résultats des services douaniers dans la lutte contre les fraudes sur Internet en 2009. Son objectif est de créer un sentiment d’insécurité pour les « cyberdélinquants » mais aussi de responsabiliser les internautes qui ne doivent être « ni acteurs, ni complices, ni victimes » de la fraude sur Internet.  

Saisie de cocaïne et de produit de coupage au Tunnel sous la Manche

Le jeudi 12 février dernier, les douaniers en poste au Tunnel sous la Manche ont procédé à une saisie de 93 kg de cocaïne et de près de 62,5 kg de produit de coupage dans un camion immatriculé au Royaume-Uni.

Ils avaient constaté la présence de sept cartons posés sur la couchette du chauffeur. La valeur de la drogue saisie est estimée à plus de 4 530 000 euros sur le marché illicite de revente des stupéfiants. A l’issue de la procédure douanière et après son audition par les services de police judiciaire, le chauffeur a été incarcéré. 

En 2007, la douane française a saisi 4,2 tonnes de cocaïne. 

Photo "Douane française"  (DG - Douane)

International

Rapport 2008 de l'OICS

L’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS)  a choisi le 19 février, date du centenaire du régime de contrôle des drogues, pour publier son rapport annuel. A cette occasion, l’OICS  a  notamment dressé un état des lieux région par région.

L’Afrique de l’Ouest est devenue l’une des principales plaques tournantes de la contrebande de cocaïne  et  le cannabis demeure la substance la plus consommée dans cette région.

En Amérique du Nord, la violence croissante entre cartels de la drogue constitue le plus gros problème, notamment au Mexique. Aux Etats-Unis, l’abus de cocaïne additionnée de méthamphétamine est en plein essor. L’OICS juge néanmoins encourageante la diminution globale de l’usage de drogues illicites  chez les jeunes.

En Amérique du Sud, malgré les efforts d’éradication des drogues,  la production de feuilles de coca augmente en  Colombie (+27¨%). Le cannabis est la drogue la plus consommée dans de nombreux pays de la région avec la plus forte prévalence au Chili. La plupart des pays ont également signalé une hausse de la consommation de cocaïne.

En ce qui concerne l’Asie de l’Est et du Sud Est, l’héroïne reste la drogue la plus consommée en Chine, en Malaisie et au Viet Nam avec une nette augmentation de la consommation de stimulants. En Asie du Sud, les importantes saisies de stimulants de type amphétamines font craindre une hausse de cette consommation dans la région. En Asie occidentale, grâce aux efforts de la communauté internationale et du gouvernement afghan, l’Afghanistan a vu chuter de 19% les surfaces consacrées à la culture du pavot à opium, la production d’opium n’ayant toutefois diminué que de 6%.

Enfin, en Europe, le cannabis reste la drogue la plus consommée même si le vieux continent représente le deuxième marché de cocaïne au monde avec une contrebande via les pays d’Afrique de l’Ouest et les pays d’Europe orientale. L’héroïne en provenance d’Afghanistan arrive par la route des Balkans ou par  la « route de la soie ». La consommation d’héroïne est d’ailleurs en hausse dans certains pays d’Europe orientale dont la Fédération de Russie ainsi qu’en Europe du Sud est le long de la route des Balkans.

  

  

Outils de prévention validés

Prévenir l'usage de cocaïne

La commission nationale de validation des outils de prévention des usages de substances psychoactives a validé le 20 février un DVD-rom intitulé "Prévention cocaïne".

Au moment où l’usage de la cocaïne est en plein essor dans tous les milieux et bénéficie d’une image souvent attractive malgré ses dangers, la MILDT a commandé cet outil de prévention, élaboré par Infomediane en partenariat avec Mille bases édition et la SEDAP, afin de  combler le manque d’outil validé sur cette addiction.

Ce DVD-rom, dont la conception a rassemblé les compétences de la commission dans le domaine de la prévention, de la connaissance et de la répression du trafic, de la prise en charge sanitaire et sociale, a fait appel à des experts reconnus du champ. Prévention cocaïne est destiné à un public d’usagers et de non usagers (entre 15 et 25 ans), permettant aux uns d’évaluer les risques et les conséquences de leur consommation pour la santé et la vie sociale et donnant aux autres les moyens de connaitre les réels dangers de la cocaïne s’ils se trouvent  de manière directe ou indirecte confrontés à elle.

 "Prévention cocaïne" peut être consulté en mode individuel et en mode collectif selon une approche pédagogique expliquée dans le livret d’accompagnement, permettant une interactivité propice au repositionnement de l’usager et à la prise de distance du non usager. Il offre des possibilités d’interrogation et de confrontation entre représentations et donnés fiables.

Cet outil est composé d’une partie vidéo (8 films) accessible depuis un lecteur DVD et d’une partie rom, véritable base de données et connaissances conçues pour les jeunes.

Des informations complémentaires sont disponibles sur le site : www.editions-millebases.com ou www.mille-bases.fr

Observation & recherche

Evaluation du dispositif des « Consultations jeunes consommateurs » (2004-2007)

Depuis son lancement fin 2004, le dispositif des « consultations jeunes consommateurs » (CJC) propose un accompagnement aux jeunes usagers de cannabis et d'autres substances psychoactives et à leurs familles : de mars 2005 à décembre 2007, 45 000 usagers de produits et 26 000 personnes de leur entourage ont été accueillis.

Après une 1ère enquête nationale menée en 2005, l'OFDT a renouvelé ses investigations pour caractériser le public reçu, par type d'usage et par filière de recrutement (recours spontané, orientation judiciaire ou autre), la réponse qui lui est offerte et les parcours individuels au sein du dispositif. L'enquête propose une analyse des facteurs prédictifs du drop out (interruption de la prise en charge) mais aussi des conditions de réussite, à court terme, des tentatives de réduire le niveau d'usage. Elle souligne en outre les disparités dans les pratiques professionnelles de prise en charge et de repérage des usages nocifs et de la dépendance. Ce bilan de trois ans d'activité offre ainsi des perspectives de réflexion sur la différenciation des profils d'usage et de suivi du public en fonction des canaux de recrutement, en soulignant notamment la prépondérance des consultants orientés par la justice, majoritairement usagers occasionnels de cannabis.
Document disponible en téléchargement sur le site de l'OFDT

« Les habitués du cannabis » - enquête qualitative auprès des usagers réguliers

L'enquête a été conduite conjointement par l'OFDT et le Groupe de recherche sur la vulnérabilité sociale (GRVS). À partir de l'analyse d'entretiens approfondis réalisés en face à face avec 70 usagers réguliers de cannabis, le rapport propose une description et une analyse des pratiques et des conséquences de l'usage régulier selon le discours des usagers eux-mêmes. Il permet entre autres de mettre en valeur une minimisation des risques sociaux et psychologiques de l'usage et dans le même temps une inquiétude non négligeable vis-à-vis des conséquences somatiques comme les risques pulmonaires et respiratoires.

L'enquête de terrain, qui s'est déroulée en 2005, a également interrogé les usagers sur leur perception de la campagne de prévention « Le cannabis est une réalité », sur la politique de prévention des risques routiers liés au cannabis et sur la mise en place, des « consultations cannabis ».
Document disponible en téléchargement sur le site de l'OFDT

Regard sur les médias

A n'y rien comprendre !...

Christine Rouzaud - Danis - Bonvalet, chargée de méthodologie et de développement au  Centre d'information régional sur les drogues et les dépendances (CIRDD) de Champagne - Ardenne, a  assisté avec son fils à la projection du film "LOL". Elle nous livre ici ses impressions qui sont aussi celles d'une mère de famille. 

Son texte est  également publié  dans l'édition Champagne - Ardenne de la Lettre.

Les messages contradictoires ont toujours des effets inattendus mais que l’on sait souvent prévisibles…

Pendant ces vacances scolaires, afin de vivre un moment de partage et de complicité avec mon fils, je suis allée au cinéma. A cela rien de particulier ni d’étrange mais qu’est- ce qu’une chargée de mission au CIRDD de Champagne Ardenne peut bien penser, pouvoir dire et comment peut-elle  se justifier auprès de son jeune fils, tout juste entré dans l’adolescence, à la sortie de la projection du film « LOL » ?

Film interprété magnifiquement par Sophie Marceau et une bande de jeunes plus crédibles les uns que les autres ; jeunes lycéens en mal avec leurs familles, leurs études et en recherche d’absolu et d’amour. Bref, des adolescents citadins bien de nos jours, il me semble, mais appartenant tout de même à un milieu social que l’on peut qualifier de  privilégié.

 Une véritable chronique sociologique sur les comportements et sur les représentations que l’on pourrait avoir des jeunes, en quelque sorte la version 2009 de la Boum de Claude Pinoteau. Où est le problème et au fait y en a-t-il un ? Pendant près de 2 heures, que l’on ne voit pas passer, on regarde une joyeuse bande d’ados qui, répondant à tous les clichés,  fument cigarette sur cigarette, sauf pendant les scènes où ils sont en classe  …et celles où ils ont les deux mains occupées à boire de l’alcool entre autre … quand ce ne sont pas les parents qui fument du cannabis en pensant que «  Dieu merci leurs enfants ne touchent pas à la drogue » puisque eux-mêmes sont contre, alors que ces jeunes peuvent par leurs consommations régulières donner des leçons en la matière à leurs aînés. Ces mêmes parents pouvant sur certains aspects relever de comportements d’adolescents « version senior ».

Bref, mon interrogation ne se situe pas sur ce plan qui relève de l’imaginaire et de la perception du scénariste et du réalisateur. Ce n’est pas cela qui en soit m’interroge car nous savons tous, que ce type de comportements et de consommations existent, mais d’entendre les paroles et observer les comportements de l’amant de la mère de la jeune héroïne interprétée par Sophie Marceau. En effet, tout cela serait bien banal si ce cher Monsieur n’avait  comme profession celle de commissaire de police à la Brigade des Stupéfiants de Paris.Ce même commissaire venu faire une conférence au lycée devant les élèves et leurs parents leurs explique les effets nocifs du cannabis et l’impact sur le cerveau et sur le plan psychologique… Puis quelques heures plus tard,  se retrouvant à table,  il fume le pétard rituel des repas entre amis qui circulent, tout en  précisant aux convives que : «  le cannabis est sans effet tant qu’il est fumé occasionnellement par les jeunes entre eux. ». 

Alors, quel message de prévention proposer, quel discours tenir, quelle position aborder  quand des messages aussi forts sont contradictoires et s’annulent en banalisant la consommation des substances psychoactives, et ce  au moment où l’Etat durcit sa politique par des signaux forts qui nous rappellent que cela reste des substances justement psychoactives dont certaines sont illicites ?. 

Que dire à votre « ado » à la sortie du cinéma ?  Que sa maman qui participe à la mise en place des stages de sensibilisation aux stupéfiants dans le cadre d’une alternative pénale ou dans la mise en place d’une charte régionale face aux dangers de la consommation de l’alcool dans les soirées étudiantes ou bien encore à la mise en place de l’Université de Champagne-Ardenne sans tabac, est totalement dépassée car tout ce qu’elle vous a appris, expliqué est à la fois faux et plus du tout dans le coup ? .

Pas crédible, has been ! Il y a fort à parier que les procureurs  vont sans doute faire prochainement le plein d’inscrits dans leurs stages, puisque film déjà culte il y a, et banalisation aussi…

Je voudrais aussi rassurer  mes collègues  de l’interministérialité, dont ceux des stupéfiants. En effet tous ne tiennent pas le même discours et n’ont pas le même comportement.

Je voudrais aussi dire à ces jeunes qui viennent travailler auprès de nous au Cirdd en venant chercher des informations, de la documentation et de l’aide  pour monter des projets de prévention que cela n’est qu’une belle histoire sortie de la tête du cinéaste qui pourtant s’est appliqué à nous dire à la fin du film que cela s’inspirait d’une histoire vraie, que c’est sa perception du monde de l’adolescence, de la famille  mais que nous, et que d’autres jeunes peuvent souhaiter un autre monde où le rêve et le plaisir ne se conjuguent pas toujours  avec le passage obligé de la consommation de substances psychoactives.

Egalement, je voudrais dire à ces adultes qui réalisent ces films et qui le font bien, de ne pas oublier qu’ils délivrent des messages forts à nos jeunes et à nous, alors il ne faut pas jouer avec le paradoxe, si séduisant soit-il !!

  

 

Agenda

Réunion de la SFA

"La clinique alcoolique du côté soignant" - Le 13 mars 2009 à Paris
La SFA offre aux professionnels un forum régulier et interdisciplinaire de mise en commun et de diffusion des connaissances scientifiques dans les domaines de l'alcoologie et de l'addictologie.

National Drug Treatment Conference 2009

Le NTDC est une manifestation importante en Grande Bretagne, elle permet de s'informer des avancées en matière de traitement. Cette année pas moins de 13 sessions y sont consacrées telles que l'historique de la notion de traitement, une réflexion sur l'arrêt du traitement, la subsitution comme alternative à l'abstinence etc. Du 19 au 20 mars 2009 à Londres. 
Téléchargez le programme

Villes festivalières

La ville de Bourges organise du 20 au 22 avril 2009 la 1ère rencontre nationale des villes festivalières

Depuis quelques années on constate des modifications dans les modes de consommation lors d’évènements festifs : alcoolisation des jeunes, usage de cannabis, parcours de consommation qui additionnent différents produits psycho-actifs. Ces problématiques questionnent les élus locaux, les services de l’Etat, les différents acteurs de prévention et les organisateurs de festival.
La rencontre des villes festivalières a été retenue, au niveau national, comme action expérimentale bénéficiant des crédits de la direction de la Jeunesse et de la MILDT.