Juillet 2010 - N° 38

Editorial

Traiter les toxicomanies et les addictions : un défi permanent !

La récente enquête EROPP de l’OFDT nous rappelle que les Français sont de plus en plus préoccupés par la dangerosité des drogues, sources de dépendance, d’addiction mais aussi de dommages sur la santé, physique et psychique, et sur l’environnement social et familial. Il s’agit d’un enjeu majeur, sociétal mais aussi de santé publique.

Comment donc faire face dans le domaine des soins ? La tâche est complexe : l’addiction est souvent longue et difficile à traiter, les patients sont fréquemment ambivalents dans leur volonté d’arrêter, les problèmes psychiques et sociaux associés contribuent à en aggraver l’évolution. D’autre part, elles sont mouvantes, de nouveaux produits et de nouveaux modes de consommation ne cessent d’apparaître. Enfin, nous vivons dans une société addictogène où la recherche du plaisir immédiat, facile, intense ou de la consommation effrénée tiennent lieu de normes au risque de faire basculer ou de maintenir dans des pratiques addictives les personnes les plus vulnérables. Nous pouvons aider efficacement les personnes concernées à s’en sortir mais d’autres apparaissent…

Il nous faut donc des stratégies globales (médicales, psychologiques, sociales), différenciées et évolutives (adaptées en continu aux besoins et attentes des patients dans leur diversité). Il ne peut y avoir de standard universel de traitement mais plutôt une obligation de diversité dans les réponses, diversité qui se doit d’être raisonnée et coordonnée pour être efficace. En d’autres termes, il s’agit de soutenir le développement d’un dispositif intégrant des actions de prévention et d’accès aux soins orientées vers les jeunes consommateurs, des dispositifs de repérage précoce, d’intervention brève et d’orientation pour les consultants tout-venant (médecine de ville, médecine du travail, santé scolaire, maternités, équipes de liaison dans les hôpitaux…) ou orientés par la justice (injonctions, obligations de soins, soins aux détenus…), des dispositifs de soins de proximité (médecins, réseaux), des Centres de recours, pluridisciplinaires et spécialisés (les CSAPA). Par ailleurs les hôpitaux doivent être mieux à-même de gérer les problèmes sanitaires nécessitant un contrôle médical permanent (cures de sevrage complexes, urgences somatiques et psychiatriques, comorbidités somatiques ou psychiatriques) là-aussi en articulation avec les autres filières, ville et médico-social. La création des ARS en avril 2010 devrait concourir à cette meilleure coordination.

Pour autant, certains patients ne peuvent être efficacement soignés en ambulatoire ni à l’hôpital, leurs soins nécessitent d’être inscrits dans le long terme, les Centres thérapeutiques résidentiels peuvent les accompagner en continu pendant plusieurs mois et, plus récemment, des Communautés thérapeutiques ont pu être ouvertes dans le cadre du Plan Gouvernemental. Elles sont conçues pour des patients souvent très désinsérés pour lesquels ce travail de resocialisation, organisé autour du maintien de l’abstinence et soutenu par le groupe des résidents et par des professionnels, peut être prolongé jusqu’à un voire deux ans.

Néanmoins, à certains moments de leur parcours, certains patients ne peuvent pas mettre fin à leur addiction, faut-il donc les laisser de côté au risque que leur situation ne cesse de s’aggraver et de devenir encore plus lourde aussi pour leur environnement ? L’épidémie de SIDA nous a appris qu’il valait mieux agir de manière pragmatique et ne pas attendre qu’ils se soignent par rapport à leur addiction pour réduire les risques qu’ils ne se contaminent ou contaminent leur entourage. C’est ce qui a amené à la libéralisation de la vente des seringues en 1987 puis à la mise en place des CAARUD dans le cadre de la politique de réduction des risques entrée dorénavant dans la loi. Cependant, à côté de ces objectifs de santé publique (qui ont d’ailleurs été atteints en ce qui concerne le SIDA mais restent encore lointains pour les hépatites virales), nous souhaitions améliorer l’accès aux soins en proposant des modalités d’accueil adaptées et apaisées permettant d’établir un premier lien avec ces usagers, souvent très marginalisés, les aidant par là-même à élaborer une demande de soins plus globale visant à les aider à se libérer de leur addiction. Il s’agissait-là d’un effet secondaire pas d’un pré-requis au risque sinon de les détourner de nous.

C’est ainsi que nous avons toujours cherché au CEID à dépasser les fausses contradictions entre soins et réduction des risques pour les intégrer au sein d’un dispositif cohérent et parfois-même au sein d’un même établissement, comme le Centre Planterose à Bordeaux auquel le Président de la MILDT nous a fait l’honneur de rendre visite.

Et ça marche, tel usager de la rue en rupture durable avec les institutions et rencontré dans notre bus échange de seringues a pu progressivement construire un projet de sortie de la dépendance et être admis en Communauté Thérapeutique. Tel autre, suivi en ambulatoire en ville et en plein dérapage par rapport à son traitement de substitution qu’il injectait, a pu réintégrer un vrai projet de soins par l’intermédiaire de professionnels du Centre d’accueil où il allait chercher ses seringues et où il pouvait, en toute confidentialité, discuter avec les infirmières des techniques d’injection pour avoir moins de lésions locales quand il shootait…

Finalement, l’un des plus grands défis du traitement des dépendances reste d’éviter la tentation réductionniste du standard de traitement (désintoxication, substitution, ambulatoire, résidentiel, réduction des risques, médicament, psychothérapie, communautaire, individuel…) mais d’arriver à penser que tous peuvent avoir leur place et leurs indications pour mieux répondre à la diversité des sujets et des moments dans leur parcours. Face à la complexité des problématiques addictives, il ne peut y avoir de Panacée, les approches multi-thérapeutiques et graduées sont, comme le montre bien la récente Expertise collective de l’Inserm, celles qui apportent le plus de bénéfices durables aux patients et à leur entourage.

C’est bien parce que les dangers des drogues sont graves, multiples et mouvants que les stratégies de soins doivent être intelligentes, diversifiées et coordonnées.


Dr Jean-Michel Delile

Psychiatre, directeur du CEID (Bordeaux)

Actualités MILDT

Rencontre avec une délégation de la Commission de la Santé du Bundestag (Allemagne)

Le 23 juin dernier, Etienne Apaire, président de la MILDT, et Julien Emmanuelli, délégué de la MILDT, ont rencontré une délégation de députés du Bundestag pour évoquer la politique gouvernementale en matière de drogues sous l'angle de la prise en charge sanitaire et sociale (présentation du dispositif de prise en charge,  réduction des risques, suivi social, recherche, application de la loi).

Etienne Apaire a rappelé combien il était important de développer une approche globale commune au niveau européen et international tant en ce qui concerne la lutte contre l'offre que la réduction de la demande. 

  photo : Acagamic

Rencontre avec François Seners, directeur adjoint auprès du secrétaire général du gouvernement

Le 22 Juin, afin d'évoquer les incidences de la réorganisation territoriale sur la prise en compte de la problématique de  lutte contre la drogue, le président de la MILDT a rencontré François Seners, directeur adjoint auprès du secrétaire général du gouvernement, chargé de la mise en place des nouvelles directions interministérielles.

Désormais, les dispositifs de soins gérés par les DDASS et les DRASS sont regroupés dans les ARS et leurs antennes départementales, tandis que les directions départementales de la cohésion sociale assurent les fonctions liées à la cohésion sociale, dont la prévention de la drogue et la toxicomanie.

La MILDT a appelé l'attention sur les difficultés rencontrées actuellement par les préfectures en souhaitant que cette nouvelle organisation permette, sous le pilotage des chefs de projet, une prise en compte efficace, globale et cohérente de la question des drogues.

Conférence de presse : présentation de l'enquête concernant les représentations, opinions et perceptions des français sur les psychotropes

Le 21 juin, l'enquête EROPP 2008 (Enquête sur les Représentations, Opinions et Perceptions sur les Psychotropes) a été présentée à  la presse, en présence d'Etienne Apaire, par Jean-Michel Costes, directeur de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies.

Le président de la MILDT a commenté cette étude en mettant ses résultats en perspective avec les chiffres de la consommation de drogues en France où l'on constate depuis 2005 une baisse de l'expérimentation de cannabis, une décroissance de la consommation d'ecstasy, mais un triplement de la consommation de cocaïne et d'amphétamines lié à l'offensive des narco- trafiquants sur l'Europe, chiffres qui sont toutefois sans commune mesure avec ceux que l'on relève en Espagne, en Grande Bretagne et en Italie où cette consommation est quatre fois plus élevée. (Voir aussi rubrique Observation-Recherche)

Rencontre avec le Dr Palomino, président du mouvement des alcooliques anonymes en France

En rencontrant le 11 juin  dernier,  le président des alcooliques anonymes (AA), le président de la MILDT a voulu exprimer son soutien et la reconnaissance par les pouvoirs publics de ces groupes d'entraide qui s'inscrivent  dans  la palette des dispositifs de prise en charge que le plan gouvernemental intensifie.

Né en 1935 dans l'OHIO (USA), le mouvement « Alcooliques Anonymes » (AA) fut  pionnier parmi les groupes d'entraide pratiquant l'abstinence absolue de tout alcool, et connut un essor mondial : Il rassemble aujourd'hui 2 millions de membres au sein de 100 000 groupes, dont  614  en France pour 9 à 10 000 membres.

Les 13 et 14 novembre 2010, la MILDT apportera son concours au congrès organisé par les AA à l'occasion de leur cinquantième anniversaire.

Ouverture des 31èmes journées nationales de l'ANITeA (Association Nationale des Intervenants en Toxicomanie et Addictologie)

 Le 10 juin, le Président de la MILDT a ouvert à  Arcachon les 31èmes journées de l'ANITeA qui avaient pour thème "Médecine, drogues et addictions : les liaisons dangereuses ".

Il a dressé un bilan des actions de la MILDT en matière de santé, notamment celles concernant la formation des soignants et les dispositifs de prise en charge (communautés thérapeutiques, nouvelles consultations jeunes consommateurs, dispositif prévu pour les femmes et les  personnes sortant de prison). Etienne Apaire a également évoqué le référentiel de bonnes pratiques concernant la cocaïne. ( Voir aussi rubrique Prise en charge sanitaire et sociale)

Entretien avec le directeur de cabinet et le directeur adjoint de cabinet de la ministre de la Justice et des libertés


Le 7 juin, Etienne Apaire s'est entretenu avec François Molins et Alexandre Jevakhoff, respectivement directeur de cabinet et directeur adjoint de cabinet de la ministre de la Justice et des libertés.

A cette occasion les stages de sensibilisation aux dangers des produits stupéfiants et la montée en puissance du fonds de concours drogue ont été évoqués.

Lyon : Etienne Apaire rencontre les élèves-commissaires de police

Le 4 juin, le président de la MILDT s'est rendu à l'Ecole nationale supérieure de la police de Saint-Cyr au Mont d'Or, près de Lyon.

Après s'être entretenu avec Patrick Joubert, directeur de l'école,  il a présenté la politique gouvernementale anti-drogue aux élèves-commissaires de police de la 61ème promotion, en rappelant l'approche globale et équilibrée du Plan gouvernemental, au niveau national et international.

Devant ces futurs chefs de services de police, il a insisté sur la priorité à accorder aux volet patrimonial des enquêtes relatives aux trafics, qui permet de priver les trafiquants de leurs biens mal acquis et d'abonder le fonds de concours drogue, mais aussi  sur la vigilance à avoir face aux nouvelles drogues, et enfin sur l'importance des actions de prévention menées par les policiers formateurs anti-drogue.

Conférence de presse à la Conciergerie en ouverture de la soirée « Spéciale cocaïne »

 
Le 3 juin, Etienne Apaire a participé à  la conférence de presse qui s'est tenue à  l'occasion de cette soirée organisée par la préfecture de police en partenariat avec la MILDT, le rectorat, le parquet et la préfecture de Paris. 

Le président de la MILDT a notamment fait un point sur la consommation de cocaïne en France ainsi que sur les actions menées pour l'endiguer.

Rencontre avec une délégation américaine dirigée par le rear Admiral Lloyd

Le 3 juin 2010, Etienne Apaire et Jean-François Tallec, secrétaire général à la mer ont reçu une délégation américaine dirigée par le rear Admiral Lloyd commandant la Joint Interagency Task Force-South (JIATFS). Cette task force est chargée de la lutte contre le narcotrafic maritime aux États-Unis.

La problématique de la lutte contre le trafic en mer entre l'Amérique du Sud ou centrale et l'Europe, directement ou via l'Afrique de l'ouest, a été largement évoquée. Les aspects juridiques liés au droit international de la mer ainsi que la nécessaire coordination du traitement du renseignement et de l'organisation des opérations d'interception sont restés au cœur des débats.

Etienne Apaire a été reçu à la  JIATF, basée à Key West, en Floride, lors de son déplacement aux Etats Unis effectué du 14 au 18 juin 2010.

Rencontre avec Dominique Porquet, président de la conférence des doyens de facultés de pharmacie.

Le 2 juin,  le  président de la MILDT, a rencontré Dominique Porquet, président de la conférence des doyens de facultés de pharmacie.

L'action de la MILDT et les mesures du plan concernant les pharmaciens ont été évoquées à cette occasion, avec un accent particulier mis sur le rôle des universités dans la formation de ces professionnels de santé.

International

Visite d'Etienne Apaire aux Etats-Unis

Lors de cette a visite, qui s'est déroulée du 14 au 18 juin, le président de la MILDT a rencontré de nombreuses autorités impliquées dans la lutte contre les stupéfiants, notamment Gil Kerlikowske, directeur de l'Office National of Drug Control Policy (ONDCP), service rattaché à la Maison Blanche, dont les missions sont similaires à celles de la MILDT, Nora Volkow, directeur du National Institute of Drug Abuse (NIDA), ainsi que des responsables de la Drug Enforcement Administration (DEA) et du Département de la Justice. Il s'est également rendu à Key West afin de s'entretenir avec l'Amiral  Lloyd  commandant de la  Joint Interragency Task Force/South.

Le directeur de l'ONDCP a présenté la nouvelle stratégie américaine de lutte contre la drogue qui opère un rééquilibrage de l’action de l’administration au profit du traitement et de la prévention, tout en maintenant une action répressive soutenue et il a rappelé l’opposition du Président Obama à toute légalisation quel que soit le produit stupéfiant et notamment la marijuana. Interrogé sur ce point par le président de la MILDT, il a fait part de son inquiétude sur le projet de légalisation de la vente et de l’usage de la marijuana en Californie et sur les conséquences prévisibles en cas d’adoption de cette mesure.

Nora Volkow et Etienne Apaire ont manifesté un intérêt commun pour l'accroissement de la coopération dans le partage d'expériences concernant les messages de prévention et leur évaluation en terme d'impact grâce aux avancées des neurosciences ainsi que pour le développement des échanges de chercheurs et de doctorants, y compris avec la participation du secteur privé. A cette fin, une actualisation du Memorandum liant les organismes français concernés et le NIDA sera entreprise.

Le président de la MILDT s’est ensuite rendu dans une Drug court, tribunal dont le rôle est de proposer des alternatives à l’emprisonnement au profit de consommateurs à la fois admis et volontaires pour ce programme. Certaines pratiques pourraient être reprises en France, notamment en ce qui concerne les mesures prononcées.

Nouveaux échanges avec les autorités libanaises

Le 10 juin dernier, dans le prolongement des nombreux échanges avec le Liban organisés depuis 2009 par l'ambassade de France et la MILDT, Julien Emmanuelli, délégué de la MILDT, et plusieurs chargés de mission ont reçu une délégation libanaise essentiellement composée de magistrats, venus découvrir le système français de lutte contre la drogue et la toxicomanie.

Cet entretien concluait une série de visites organisées par l'association libanaise de prévention et de soins Skoun à l'OCRTIS, au Palais de Justice de Paris, à la Direction générale de la santé, au service médico-psychologique régional de la maison d'arrêt de Bois d'Arcy, et aux centres de soins Emergence et La Corde raide.

Etienne Apaire a par ailleurs reçu le 2 juillet  Randa Kfoury, avocat général, présidente de la commission interministérielle des stupéfiants du Liban, afin de lui présenter la politique française de lutte contre les drogues et les toxicomanies.

Nouveau rapport de l'Organe des Nations Unis contre la Drogue et le crime (ONUDC)

L'ONUDC vient de rendre public un rapport intitulé "La mondialisation du crime : Evaluation de la menace liée à la criminalité organisée transnationale".

Ce document dresse un état des lieux des différentes formes de criminalité organisée sur la planète, trafics de drogue inclus. Outre la mise à jour des données, il contient de nombreux graphiques, schémas, cartes susceptibles d'illustrer des présentations ou d'accompagner des actions de formation.

Prise en charge sanitaire & sociale

Pharmacies : des affiches pour ouvrir le dialogue

Une campagne d'affichage vient d'être lancée dans les pharmacies pour dialoguer sur les dangers du tabac, de l'alcool et des drogues. Elle a été réalisée à la demande de la MILDT, en partenariat avec la Direction générale de la santé, le Conseil national de l'Ordre des pharmaciens et l'Institut national de prévention et d'éducation à la santé (INPES).

Quatre visuels affichés dans les officines permettront au public d'identifier les pharmaciens comme des ressources en matière d'information et de prévention des consommations. Prévention, éducation pour la santé et éducation thérapeutique font en effet partie intégrante de leurs missions.

Les 4 affiches posent une série de questions concrètes :

 "La dépendance, ça commence quand ? Et moi, j’en suis où ? » invite à s'interroger sur son niveau de consommation, quel que soit le produit consommé.

"Qui peut m'aider à réduire les risques? A diminuer ma consommation ? A  l'arrêter complètement ?» invite à demander de l'aide afin d'être orienté vers un médecin ou une structure de soins.

 « J’en ai vraiment besoin pour faire la fête ? » est plus spécifiquement destinée aux jeunes, pour les amener à se questionner sur les raisons des consommations dites festives.

 « Qu’est-ce que je cherche ? Qu’est-ce que je risque ? » invite à s’interroger sur ses raisons de consommer (se détendre, faire la fête, améliorer ses performances, réduire l’anxiété…), et à s’informer sur les risques.

Les pharmacies sont en effet un relais essentiel pour les actions relatives à la prévention, aux soins et à la réduction des risques en matière de drogues et de toxicomanies. Les pharmaciens peuvent repérer de manière précoce une conduite addictive, écouter un usager, un parent ou ami, conseiller et, le cas échéant, orienter vers une  structure généraliste ou spécialisée.

Aujourd’hui, les pharmaciens participent largement à l'aide au sevrage tabagique puisque neuf pharmaciens sur dix parlent spontanément de tabac avec leurs clients. ( Baromètre santé médecins /pharmaciens de l’Inpes)

Certains sont activement impliqués dans la prévention, la réduction des risques et l’aide à l’arrêt de toute consommation de drogues illicites, via la délivrance de kits d’injection stériles (Stéribox®) et de traitements de substitution aux opiacés.

D’autres, en revanche, estiment délicat d'évoquer les questions liées à l’usage de produits psychoactifs (en particulier l’alcool ou les produits illicites) en raison d'un manque d'informations, de réticences du patient, de l'espace restreint de confidentialité, de difficultés éthiques ou pratiques (manque d'outils) pour repérer certaines consommations…

L'objectif de cette campagne est  donc d'aider à l'ouverture du dialogue entre patients et pharmaciens.

10 et 11 juin - 31èmes journées nationales de ANITeA

Le titre de ces journées « Médecine, drogues et addictions : les liaisons dangereuses ? » mêle les termes addiction et médecine. Or  face à l'addiction, la médecine fut longtemps vécue comme un agent de contrôle social et ce n'est qu'avec l'arrivée de l'épidémie de VIH, qu'elle commença à être perçue comme un champ fédérateur permettant toutes les articulations entre entre le social, le sanitaire et le politique.

Le lien entre médecine et addictions a suivi deux mouvements concomitants dont le premier fut l'élargissement du champs d'intervention de la médecine générale. En effet, habituée de longue date à soigner les patients dépendants à l'alcool, la médecine prit  également en charge les usagers dépendants à l'héroïne avec l'apparition des traitements de substitution aux opiacés (TSO). Puis, dépassant la simple prescription des TSO, certains médecins généralistes surent innover et proposer dans les microstructures notamment, mais aussi dans le travail en réseau, une prise en charge pluridisciplinaire qui a fait ses preuves.

Parallèlement, l'arrivée de l'épidémie de sida conduisit infirmiers, médecins, pharmaciens à intégrer progressivement la pratique de l'addictologie.

Ces journées ont notamment permis de s'interroger sur la spécificité de cette pratique médicale liée aux addictions, en cabinet comme en institution, et sur son évolution au regard de la nouvelle position du patient issue des approches portées par la réduction des risques, aujourd'hui partenaire de soins et de santé.

Les échanges se sont aussi intéressés à l'articulation entre les dispositifs résidentiels sanitaires et ceux relevant du médicosocial avec comme objectif de réfléchir à la meilleure façon d'aboutir à un parcours de soins cohérent et efficient pour l'usager de drogue.

( Voir aussi édition régionale Aquitaine )

Europe

Adoption à l'unanimité d'un pacte européen contre la drogue proposé par la France

Le 3 juin dernier à Luxembourg, les Etats membres de l'Union européenne ont adopté à l'unanimité un pacte européen contre la drogue. Cet engagement politique, proposé par la France le 30 novembre dernier, devient  donc une réalité européenne.

Le projet de pacte, préparé en commun par la France et l'Allemagne, a reçu le plein soutien de la présidence espagnole qui en avait fait l'une des priorités de sa présidence.

Avec ce ce pacte, l'Union européenne fédère ses forces autour de trois axes d'action.
 
La première action consiste à couper les routes de la cocaïne. L'Afrique de l'Ouest étant une zone de transit privilégiée pour la cocaïne en provenance d'Amérique latine, le pacte prévoit de développer les interceptions en mer dans la zone et de renforcer, dès septembre, les plate-formes européennes de coopération d'Accra et de Dakar. Elles seront notamment reliées par un système de communication sécurisé aux autres plate-formes européennes de lutte contre le trafic de drogue (CECLAD-M de Toulon et MAOC-N de Lisbonne) et à EUROPOL.

La deuxième action vise à démanteler les routes de l'héroïne qui se sont diversifiées ces dernières années, notamment par la Turquie et les Balkans. Le pacte entérine la lutte contre les trafics de drogue comme un critère d'adhésion à l'Union européenne et il garantit l'intensification des échanges de renseignements en dynamisant notamment le réseau d'officiers de liaison existant dans les pays d'Asie centrale et des Balkans.

Avec la troisième action, l'Europe s'attaque véritablement à l'argent de la drogue. Des bureaux de recouvrement des avoirs criminels seront mis en place avant la fin de l'année dans tous les États membres de l'Union européenne. Dans le même temps l'implication des agences européennes d'EUROPOL et d'EUROJUST dans le dispositif sera intensifiée pour identifier et poursuivre les circuits financiers clandestins liés aux trafics de drogue.

Grâce à la détermination de la France, l'Union européenne se dote ainsi d'un nouvel outil opérationnel dans la lutte résolue contre les trafics de stupéfiants.

Application de la loi & lutte contre le trafic

Adoption d'une proposition de loi visant à faciliter la saisie et la confiscation en matière pénale

Le 28 juin, l'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité une proposition de loi visant à faciliter la saisie et la confiscation en matière pénale.

Ce texte offre de nouvelles perspectives dans la lutte contre la criminalité organisée et les grands trafics. L'enquête patrimoniale bénéficiera d'un cadre procédural modernisé et élargi, tandis que la mise en œuvre des sanctions contre les profits du crime, compléments désormais indispensables des peines privatives de liberté, sera facilitée.

Ce texte prévoit par ailleurs la création d'une agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués, qui permettra de rationaliser la gestion et la vente des biens confisqués aux criminels.

Dans ces affaires, les biens confisqués sont  affectés à un fonds de concours drogue qui permet de renforcer les moyens des services impliqués dans la lutte anti-drogue.

Séminaire de l'OCRTIS sur la culture illicite de cannabis

Le 9 juin dernier, à Paris, Etienne Apaire a ouvert aux côtés de Hugo Siblesz, ambassadeur du royaume des Pays-Bas en France, et de  Christian Lothion, directeur central de la police judiciaire, un séminaire sur la culture indoor de cannabis organisé par l'Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants (OCRTIS) avec le soutien de la MILDT.

Devant un public de professionnels (policiers, gendarmes, douaniers et magistrats), les intervenants néerlandais, belges et français ont décrit la progression inquiétante de la culture illicite de cannabis sur le territoire européen (plusieurs centaines de tonnes d'herbes de cannabis produites et un chiffre d'affaires estimé à plus de 2 milliards d'euros par an aux Pays-Bas). Loin de l'image d'Epinal de l'autoculture à usage personnel, les experts ont insisté sur les liens avérés de cette culture intensive avec des groupes criminels organisés n'hésitant pas à recourir à la violence.

Un beau mois de juin pour la douane française

Le mois de juin 2010 a été marqué par plusieurs saisies significatives réalisées par les services douaniers français.

Dans la nuit du 1er au 2 juin, au terme d'une surveillance menée conjointement avec les services de police, les services garde-côtes des douanes ont saisi 1,39 tonne de cocaïne sur un voilier au large de la Martinique. Moins de trois semaines plus tard, ces mêmes services garde-côtes saisissaient 385 kg de cocaïne à bord d'un voilier battant pavillon des îles Vierges britanniques.

La fin du mois précédent avait donné le ton, mais sur terre cette fois : le 27 mai 2010, les douaniers du Tunnel sous la Manche avaient en effet saisi 1 003 kg d’herbe de cannabis dans un ensemble routier en provenance des Pays-Bas et à destination de la Grande-Bretagne.

Ces trois saisies douanières représentent une valeur marchande de plus de 113 millions d’euros sur le marché illicite de revente au détail des produits stupéfiants.

Formation

Stage de magistrats à la MILDT

Comme chaque année, l'Ecole Nationale de la Magistrature a demandé à la MILDT  d'organiser un stage collectif destiné à des magistrats désireux d'acquérir une meilleure connaissance du dispositif français de lutte contre la drogue, notamment en termes de coordination.

Du 22 au 25 juin 2010, quatre magistrats du parquet, un juge des enfants, un juge d'instruction et un juge d'application des peines ont participé à cette formation.

Après avoir été reçus par Etienne Apaire, les sept magistrats ont rencontré les chargés de mission qui leur ont présenté les mesures du plan gouvernemental et les activités des pôles application de la loi, international, prévention, santé et recherche.

Hélène Martineau a fait un point sur les chiffres de la toxicomanie et les récentes études réalisées par l'OFDT.

Une première demi-journée a été consacrée à la lutte contre les trafiquants, avec les interventions de Patricia Mathys, chef de la Plateforme d'Identification des Avoirs Criminels (PIAC) et de Stéphen Almaseanu du Bureau de Lutte contre la Criminalité Organisée (BULCO) de la Chancellerie.

Une autre demi-journée a également permis de réfléchir sur les différentes réponses judiciaires apportées aux usagers de drogues, en particulier les stages de sensibilisation. Ceux ci ont été présentés par Sylvie Mouchel du Bureau de la Santé Publique et, de manière concrète, par Françoise Guyot, vice-procureur au parquet de Paris, en charge de l'intégralité du contentieux des usages de produits stupéfiants.

Les magistrats ont pu également rencontrer Olivier Phan, pédopsychiatre, addictologue et responsable médical du centre Emergence, avant de se rendre dans le centre de réduction des risques « Espoir Goutte d'Or » (EGO).

Dans le cadre des assises  nationales  « Drogues illicites et risques professionnels » organisées  le 25 juin par la MILDT et la Direction générale du travail, les stagiaires ont pu assister à la matinée consacrée à l'état des lieux et aux solutions juridiques pour prévenir et lutter contre l'usage des drogues en milieu professionnel.

Observation & recherche

Les opinions et perceptions des Français sur les drogues

Pour la 3ème fois en dix ans, l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) dresse un état des perceptions et des opinions des Français face aux substances psychoactives, illicites et licites. En 2008, un échantillon représentatif de 2 300 personnes âgées de 15 à 75 ans a été interrogé sur la dangerosité des produits, les représentations des usagers et les opinions sur les politiques publiques.

En comparant les trois  enquêtes, on constate des évolutions. Globalement, en dix ans l'appréhension des Français vis à vis des produits illicites et licites s'est amplifiée et ils ont une représentation plus sévère des usagers. En termes de politiques publiques, ils sont toujours majoritairement favorables aux mesures d'interdiction des produits et leur adhésion aux politiques de réduction des risques est moindre.

En ce qui concerne la dangerosité des produits illicites, plus de neuf Français sur dix (92 %) jugent la consommation d’héroïne dangereuse dès le stade de l’expérimentation ; c’est un peu plus qu’en 1999 et 2002 (89 %). Pour la cocaïne, ils sont presque neuf sur dix (89 %) et là encore un peu plus nombreux qu’en 1999 et 2002 (85 et 83 %). Six Français sur dix (62 %) déclarent désormais que le cannabis est dangereux dès l’expérimentation (contre 53 et 52 % en 1999 et 2002). Ils sont par ailleurs 74% (contre 70 % auparavant) à croire à la thèse de l'escalade, non vérifiée scientifiquement, selon laquelle l’usage de cannabis conduirait à consommer par la suite des produits plus dangereux.

Les représentations des usagers se sont également modifiées. Ainsi les Français ne sont plus que 24% à estimer que les héroïnomanes consomment parce qu'ils sont malades alors qu'ils étaient 59% à le penser en 1999. La proportion de ceux qui jugent les héroïnomanes dangereux pour leur entourage est en nette augmentation (84 % en 2008 contre 74 % en 1999 et 73 % en 2002.)

On constate que les Français se montrent de plus en plus attachés aux mesures d’interdiction des produits. Ainsi l’éventualité d’une « mise en vente libre » du cannabis est rejetée par 85 % des Français, soit 10 points de plus qu’en 2002. 70% (contre 65% en 2002) sont opposés au fait de n'interdire le cannabis que dans certains cas (avant de conduire ou pour les mineurs par exemple). 90% des personnes qui connaissent les stages obligatoires de sensibilisation aux dangers de l’usage de produits stupéfiants  les approuvent.

En revanche, l'adhésion aux principes généraux de la réduction des risques se révèle moins massive qu'auparavant  : 72 % des répondants (contre 81 % en 2002) partagent l’idée qu’il faut « informer les consommateurs de drogues sur la façon la moins dangereuse de les consommer afin de diminuer les risques pour leur santé ». Par ailleurs, l'adhésion au principe des traitements de substitution aux opiacés connaît également un recul : 72 % des personnes interrogées y sont favorables en 2008 contre 82 % en 2002. Pour sa part "la mise à disposition de locaux et de matériel spécial" pour les consommateurs d’héroïne est franchement rejetée : 73 % s’y déclarent défavorables.

La dangerosité perçue des substances licites est en augmentation. Ainsi on constate que le nombre de personnes jugeant le tabac dangereux dès l'expérimentation a doublé par rapport à 1999, passant de 21 % à 43 %. Pour l'alcool la progression va de 6% à 10%. Tant pour le tabac que pour l'alcool l’interdiction de vendre aux mineurs est très consensuelle (respectivement 72 et 90 % d'opinions favorables). 84% sont en accord avec l'interdiction de fumer dans les bars. Par ailleurs, 9 Français sur 10 ont intégré que tabac et alcool sont nocifs pour les femmes enceintes ( à 91% pour le tabac et 87% pour l'alcool).

Appel à candidatures MILDT / EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales

La MILDT et l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales (EHESS) lancent un appel à candidatures conjoint pour des contrats doctoraux, ouvert à l’ensemble des écoles doctorales de sciences humaines et sociales sur le thème des comportements de dépendance aux psychotropes licites et/ou illicites dans les sociétés contemporaines conformément aux priorités du plan gouvernemental de lutte contre la drogue et la toxicomanie 2008-2011.

Cet appel à candidatures s'articule autour de trois axes thématiques : conduites de consommation et parcours scolaires ; addictions en milieu professionnel ; systèmes de représentation, conduites à risque et choix individuel.

Il invite à un renouvellement des coopérations pour favoriser des approches et des méthodes originales, attentives aux expériences internationales et dépassant le cadre imposé des disciplines. 

Date limite de soumission électronique des dossiers : 1er septembre 2010

Législation & règlementation

Classement de la méphédrone

La méphédrone est désormais classé comme stupéfiant par arrêté publié au Journal Officiel du 11 juin 2010. Le classement intervient en raison des effets psychoactifs et du potentiel d’abus, de dépendance et de la toxicité de cette substance. Cette décision fait suite à la proposition de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) après avis de la Commission nationale des stupéfiants et des psychotropes.

Agenda

10èmes rencontres de l'USID - "Sexe, genre et addiction"

Ces rencontres qui auront lieu le 30 septembre à Douai sont organisées par l'Unité de recherches et de formation sur les drogues (UFRD) et  l'Unité de soins et d'information sur les drogues du centre hospitalier de Douai (USID).

"L'addiction a-t-elle un sexe ? Les faits sont têtus, les 3/4 des personnes fréquentant un centre d'addictologie (toxicomanie, alcool) sont de sexe masculin. Les troubles alimentaires, anorexie et boulimie, restent, eux, l'apanage de la gent féminine.
Certaines particularités physiologiques semblent rendre compte d'une inégalité des sexes quant à la consommation des psychotropes. Mais la biologie seule échoue à expliquer ces disparités."

Toutes les infos sur le site dédié

Congrès International Francophone d'Addictologie - "Prévenir et traiter les addictions sans drogue: un défi sociétal"

Organisé par l'Association de recherche et de formation sur les addictions comportementales  (AREFAC) et l'Union  régionale d'associations en addictologie (URAA), ce congrès aura lieu du 6 au 8 octobre 2010 à Nantes.  Il propose de "réunir l’ensemble des professionnels de santé concernés. À travers conférences, tables rondes et ateliers thématiques, ces rencontres professionnelles ont pour objectif de permettre à tous de partager connaissances et travaux pour faire avancer la recherche et la prise en charge des patients. Et parce que ces questions préoccupent aujourd’hui le plus grand nombre, un forum destiné au grand public se tiendra le mercredi après-midi. Il réunira associations, institutions, opérateurs et industriels mobilisés par ce nouveau défi sociétal."
 
Tous les renseignements sur le site dédié


   

 

 LA PROCHAINE LETTRE DE LA MILDT SERA DIFFUSEE LE 9  SEPTEMBRE 2010