Novembre 2011, n°52
Editorial
Le prix de la comorbidité…

La moitié des personnes ayant des troubles liés à l’usage des drogues ont un trouble psychiatrique et sur les 5 millions de personnes en difficulté avec l’alcool, 1 à 2 millions ont au moins un trouble psychiatrique tel que la dépression, les troubles anxieux, le trouble bipolaire ou la psychose. Ce chiffre est comparable au nombre de personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer en France. Alors qu’on s’attend à voir ces patients en psychiatrie ou en addictologie, on les retrouve dans des services médicaux et aux urgences pour des affections somatiques. Ces patients sont perçus comme « non-compliants » aux soins, trouvant mal leur place dans le système médical, social et professionnel, engendrant ainsi un nomadisme. Pour les praticiens, ces malades sont difficiles à diagnostiquer, à traiter et à faire adhérer aux soins, avec finalement des conséquences à plusieurs niveaux.
- Individuel : avec l’aggravation du niveau de leurs consommations ; pour la plupart un stade de dépendance au moment où le diagnostic est posé, quand il est posé.
- Collatéral : avec des dégâts sur le plan conjugal, familial et professionnel ; l’absentéisme à répétition et le chômage les confinant à terme à l’exclusion sociale.
- Sociétal : économiquement ce sont des grands consommateurs d’une médecine d’urgence sans lendemain et par la même occasion absents du travail, avec un manque à gagner pour eux et pour la société, que les auteurs anglo-saxons calculent en années perdues dues au handicap (DALY : Disability-Adjusted Life Year).
Ce constat appelle un défi, celui de l’adaptation de l’outil de soins psychiatrique et somatique mais pas seulement. C’est toute la cascade vertueuse d’une discipline, l’addictologie, qui doit se mobiliser. Il est impérieux de rapprocher dans les faits les cultures de soins des psychiatres et des somaticiens traitant du même sujet, les malades addicts. Il est nécessaire de mener des protocoles de recherche qui incluent comme population d’intérêt, celle qui, précisément, jusqu’à présent constituait une population d’exclusion. A cela s’ajoutent naturellement les moyens financiers afférents. L’enseignement de la médecine doit souligner en son sein le même intérêt pour les aspects psychodynamiques d’une dépendance à l’alcool que ses conséquences notables sur le foie par exemple. La configuration actuelle est datée et malgré les efforts de beaucoup, les réflexes de la discipline d’origine demeurent agissants. Des initiatives importantes sont prises ailleurs que chez nous. Le modèle espagnol est à cet égard à saluer avec une société savante de « dual diagnosis » très dynamique, doublée d’un congrès qui voit en deux éditions son affluence triplée ; aux Etats-Unis l’AAAP, l’American Academy of Addiction Psychiatry travaille sur ces aspects depuis déjà des décennies et produit régulièrement des rapports qui ont influencé notre pratique. Nous avons avec le thème de la comorbidité probablement un des sujets les plus fascinants dans notre discipline, capable de redonner envie d’y croire en ces moments de disette aussi bien conceptuelle que pécuniaire. Il est important d’y prêter l’attention que cela mérite. Notre investissement sera rentable pour tous !
Docteur Amine BENYAMINA
Psychiatre addictologue
Centre Enseignement, Recherche, Traitement des addictions
Hopitaux universitaires Paris-Sud ( AP-HP)
Ressources pour la prévention
Un guide pratique à destination des élus, «Les collectivités territoriales face aux conduites addictives»
Ce guide a été réalisé par la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie en étroite collaboration avec l'ensemble des ministères, l'Association des maires de France et de nombreuses associations.
Il s'agit d'un outil pratique visant à fournir les ressources nécessaires aux élus pour faire face aux situations rencontrées dans leur commune.
Inscrit dans le plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les toxicomanies 2008-2011, il offre un éventail de réponses concrètes : identification des interlocuteurs en matière de prévention, définition du cadre juridique des interventions des élus, recensement des outils disponibles, suggestions sur les conduites à tenir, etc...
Il a été envoyé à l'ensemble des maires, des préfets, des présidents des conseils généraux et régionaux.
Il pourra prochainement être téléchargé sur le site de la MILDT: http://www.drogues.gouv.fr ainsi que sur les sites suivants : http://www.ville.gouv.fr ; http://www.sgcipd.interieur.gouv.fr ; http://www.amf.asso.fr ; http://www.ffsu.org
International
Déplacement au Brésil
Du 17 au 21 octobre, Etienne Apaire s'est rendu au Brésil pour une visite interministérielle dense.
La rencontre avec José Eduardo Cardozo, ministre de la justice, a montré le fort intérêt que portent les autorités brésiliennes à la mise en place d’actions de coopération renforcée et de politiques communes pour lutter contre la drogue. Particulièrement intéressé par l’expérience française et européenne en matière d’observatoire des drogues, le ministre de la justice a également jugé que l’asphyxie financière des trafiquants était autrement plus efficace que des mesures d’emprisonnement pur et simple. Evoquant la création récente d’un fonds fédéral alimenté par les saisies et la vente des avoirs criminel, il s’est montré très ouvert à des échanges de bonnes pratiques avec les autorités françaises en ce qui concerne son fonctionnement.
La rencontre avec Roberto Gurgel, Procureur Général de la République, a été l’occasion de confirmer que la lutte contre devait être traitée dans sa globalité et non pas seulement sur un mode répressif. M. Gurgel a souhaité pouvoir bénéficier de l’expérience française en matière de formation de magistrats dans le domaine de la lutte contre le trafic de stupéfiants, et plus particulièrement sur son volet patrimonial. Il a également estimé que cette coopération pourrait avoir lieu dans le cadre d’un échange d’expériences visant à développer le récent fonds fédéral afin de pouvoir notamment aider les pays les plus faibles dont les pays africains.
Le Secrétariat national antidrogues (SENAD), structure homologue à la MILDT, a présenté la problématique des drogues, expliquant qu'aux actions de prévention s'ajoutent des actions de prise en charge et de traitement des usagers menées par une juridiction particulière qui peut proposer des peines alternatives. Le SENAD gère en outre le fonds fédéral doté pour 2010 de 112 millions de réais (soit environ 50 millions d’euros). Ce fonds finance de nombreuses actions de prévention ainsi que des formations pour les polices d'Etat et fédérales et les acteurs sociaux.
Cette visite a permis de constater la très grande convergence de la politique en matière de lutte contre la drogue dans nos deux pays. En effet, au Brésil, le refus d'une légalisation des produits stupéfiants s'accompagne d'une très grande attention aux mesures de prévention et de soins qui complètent le dispositif répressif.
Outils de prévention validés
Une brochure sur le cannabis pour la prévention en milieu scolaire
Le 30 septembre dernier, la commission de validation des outils de prévention a validé une brochure sur le cannabis à destination des collégiens et lycéens.
Conçue par l’Institut National de la Formation de la Police Nationale, qui assure la formation initiale et continue des Policiers Formateurs Anti-Drogue, cette brochure à l'usage des professionnels peut être utilisée en complément de l’animation d’une séance de prévention.
A partir d’illustrations humoristiques des principales représentations des adolescents sur la consommation de cannabis, elle propose une réflexion et une information sur les effets réels de cette substance. Elle met notamment en évidence les dangers liés à tous les types d’usages y compris festifs et occasionnels, les effets possibles sur les capacités d’apprentissages, la vie sociale, le sommeil, et elle explique le sens des dispositions légales en la matière.
Ce support permet par ailleurs d’orienter ce jeune public vers les principales sources d’informations, d’aide ou de soutien dédiées.
Vous pourrez très prochainement la télécharger gratuitement sur le site du ministère de l'intérieur et celui de la MILDT.
Prise en charge sanitaire & sociale
De nouveaux outils à la disposition des infirmiers (ères)
La direction générale de la santé, la MILDT, en association avec le Réseau des établissements de santé pour la prévention des addictions (RESPADD) et l’Ordre national des infirmiers ont élaboré, dans le cadre d'un groupe de travail, de nouveaux outils d’intervention et d’aide à la prise en charge des addictions à l’attention des infirmiers(ères).
Ces outils - des fiches techniques et affiches - seront mis à disposition des professionnels de santé afin de leur permettre d’entamer le dialogue et d’améliorer le conseil et l’orientation des personnes présentant des problèmes liés à une consommation de tabac, d'alcool ou d'autres substances psychoactives telles que le cannabis, l'héroïne ou la cocaïne notamment.
Ces nouveaux outils d’aide à la prise en charge dont la création avait été prévue par le plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les toxicomanies 2008/2011, ont été présentés et diffusés au Salon Infirmier qui s'est tenu du 12 au 14 octobre au Parc des Expositions de Paris ainsi qu’au colloque du Groupement des Infirmiers(ères) du Travail (GIT) réuni au Palais des Congrès d’Issy les Moulineaux.
Parallèlement, des formations régionales seront organisées par le RESPADD. Elles ont pour objet de sensibiliser et d’informer les infirmiers (ères). Ces outils et ces formations devraient aider les infirmiers (ères) à dialoguer le plus précocement possible sur ces questions avec leurs patients, à mieux les conseiller et, le cas échéant à avoir les orienter vers une structure spécialisée adaptée.
L’affiche et la fiche technique sont disponibles auprès du RESPADD - www.respadd.org
Intervention d'Etienne Apaire à l'Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique de Rennes

Face à un auditoire nombreux qui réunissait plusieurs cycles d'élèves relevant soit de la fonction publique d'Etat, soit de la fonction publique hospitalière, le président de la MILDT a sensibilisé les futurs professionnels à la problématique des addictions en leur faisant prendre conscience de l'immensité de la tâche et de l'importance de leur implication.
L’École des Hautes Etudes en Santé Publique est un établissement public de l’État à caractère scientifique, culturel et professionnel, véritable plateforme pour l’enseignement et la recherche en santé publique, il propose 14 filières de formation de cadres des trois fonctions publiques (Etat, hospitalière et territoriale), 11 spécialités de diplôme national de master, 2 diplômes de mastères spécialisés, un titre d’ingénieur, 6 parcours de doctorat et une offre très riche de formation continue. En 2011, avec près de 400 agents dont 90 enseignants et chercheurs, l'EHESP a inscrit 1300 étudiants de plus d’une trentaine de nationalités différentes.
Application de la loi & lutte contre le trafic
Formation sur la lutte contre le trafic de stupéfiants à l' Ecole Nationale de la Magistrature

Destinée à présenter l'ensemble des aspects de la lutte sous l'angle juridique, pratique et technique et à privilégier la présentation des enjeux et outils internationaux, cette formation a permis des échanges pluridisciplinaires.
Après une présentation de la MILDT, du plan gouvernemental et des chiffres de la consommation, les premières interventions ont été consacrées aux moyens et techniques d'enquête de lutte, nationale et internationale, utilisés par l'OCRTIS (Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants), la Brigade des Stupéfiants de Paris, le GIGN, les GIR, les douanes, le SNDJ (Service national de douane judiciaire) ainsi qu' aux problématiques de la lutte contre le trafic en mer, présentées par la Préfecture maritime de Toulon.
Les différents aspects de la coopération internationale, policière et judiciaire ont ensuite été abordés et les difficultés relatives à la détection des produits et à leur diversification ont été présentées par des représentants du laboratoire de police scientifique, de l'IRCGN (Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale) et de la MNCPC (Mission nationale de contrôle des précurseurs chimiques de drogues). l
Pendant la dernière journée, l'accent a été mis sur la nécessité de s'attaquer à l'argent de la drogue en menant des enquêtes patrimoniales, en luttant contre le blanchiment et l'économie souterraine et en procédant à des confiscations pénales ayant vocation à alimenter le fonds de concours « drogue ». A cet égard, une présentation de la nouvelle Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC) et de ses missions a été faite par le responsable de son pôle juridique.
Crédit photo : ENM
Visite à la direction interrégionale de la police judiciaire de Lille
Le 6 octobre 2011, Etienne APAIRE, président de la MILDT s'est rendu à Lille où il a été reçu à la direction interrégionale de la police judiciaire (DIPJ).
Le bureau de liaison permanent (BLP), unité spécifique qui regroupe des policiers, des gendarmes et deux officiers de liaison, belge et néerlandais, a particulièrement retenu son attention, car il a pu découvrir la quantité et la nature des renseignements internationaux opérationnels (RIO) qui sont quotidiennement traités par cette plateforme en matière de lutte contre le trafic de stupéfiants dans la région Nord-Pas-de-Calais.
Il a ensuite rencontré les enquêteurs de l'antenne de l'Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCTRIS) de la DIPJ de Lille, qui venaient de mettre fin à un trafic de stupéfiants dans la banlieue sud de Lille.
A l'occasion de ce déplacement, le président de la MILDT a également ouvert la Journée d'études organisée par la direction interrégionale de la Protection judiciaire de la jeunesse Grand Nord. (Voir rubrique " Manifestations et colloques")
Manifestations et colloques
Lille : Journée d'études organisée par la direction interrégionale de la Protection judiciaire de la jeunesse Grand Nord

Le 6 octobre dernier, une journée d’études intitulée «Face aux conduites addictives : comprendre et accompagner les adolescents les plus en difficulté » s’est tenue à l'Ecole Nationale Supérieure d' Arts et Métiers de Lille.
Cette journée était organisée par la direction inter régionale de la Protection judiciaire de la jeunesse Grand Nord (DIRPJJ) et soutenue par la MILDT.
Ouverte conjointement par Jean Louis Daumas, directeur de la PJJ et Etienne Apaire, président de la MILDT, celle-ci a réuni 250 professionnels du secteur public et habilité de la PJJ ainsi que des partenaires.
Ce projet construit par la DIRPJJ Grand Nord avec l’Ecole nationale de la protection judiciaire de la jeunesse et « l’Espace du Possible » de la Sauvegarde du Nord s’est donné une double ambition : celle d’aider les professionnels à s’approprier une pratique professionnelle à la hauteur des enjeux éducatifs liés aux addictions et celle de lutter contre les phénomènes de consommations et de trafics de produits toxiques illicites.
« La cocaïne au-delà des mythes » une conférence organisée par la MILDT dans le cadre de la Fête de la science
Le 14 octobre dernier, à la Cité des Sciences et de l’Industrie, Michel Gandilhon, chargé d’études à l’OFDT et auteur de La Guerre des paysans en Colombie, ouvrage publié aux Editions Les Nuits Rouges, a tenu une conférence qui s’adressait tout particulièrement à un public de lycéens et d’étudiants.
Alors qu’en Europe et en France, la cocaïne exerce auprès d’une partie de la population une certaine fascination, son exposé a montré l’envers du décor (souvent glamour) et notamment la situation chaotique qui prévaut dans les pays producteurs situés en Amérique latine.
La première partie de l’intervention a été consacrée à la présentation de données relatives à l’augmentation, depuis dix ans, des niveaux de consommation en Europe occidentale et à l’exposition des grandes lignes de la géopolitique du trafic mondial de la cocaïne. Michel Gandilhon a ensuite décrit le processus de production de la cocaïne en insistant aussi sur le rôle symbolique très important de la feuille de coca dans les civilisations andines précolombiennes, situation qui explique les difficultés extrêmes des politiques d’éradication soutenues par la communauté internationale.
À travers le cas de la Colombie, premier producteur mondial de cocaïne, il a illustré les innombrables dégâts sociaux et écologiques engendrés par la production et le trafic. Criminalisation rampante de la société, corruptions diverses, ce pays connaît en effet depuis une trentaine d’années une guerre civile, dont l'un des des enjeux est le contrôle de la production de la cocaïne que se disputent de multiples acteurs (guérillas, paramilitaires, organisations criminelles). Cette guerre a fait près de deux cent mille morts et quatre millions de réfugiés et la situation est telle que le terme de « colombianisation » est devenu synonyme de chaos et d’effondrement de l’Etat, phénomènes qui touchent aujourd’hui de plus en plus de pays.
La conférence s’est conclue sur les risques que représentent pour les sociétés la prolifération des voies de trafics qui mènent aux deux grands marchés de la cocaïne que sont les Etats-Unis et l’Europe. Au Mexique, les dizaines de milliers de morts engendrés par les luttes entre les différents cartels ou en Afrique de l'Ouest, l’implantation des trafiquants sud américains incarnent aujourd’hui tragiquement les dangers inhérents à l’économie-monde de la cocaïne.
Observation & recherche
Argent de la drogue : blanchiment et mondialisation financière

Le deuxième numéro de Drogues, enjeux internationaux est consacré au blanchiment de l'argent provenant des trafics de drogues illicites, une question devenue un enjeu stratégique pour les Etats.
Après un retour sur les problématiques liées à l'évaluation des sommes en jeu au niveau mondial, ce numéro décrit les différentes techniques de blanchiment en fonction de l'importance des organisations criminelles impliquées dans les trafics et revient sur le rôle des centres offshore et des paradis fiscaux dans la mondialisation criminelle. La dernière partie décrit la réponse des Etats et s'attache à la présentation des politiques mises en oeuvre en France ces dernières années pour favoriser la saisie des avoirs criminels des trafiquants.
Drogues, enjeux internationaux n° 2, OFDT, 6 p., Octobre 2011
Auteur : Nacer Lalam
Agenda
Conférence à destination des pharmaciens

En effet, l'officine, lieu de contact et d'orientation est l'endroit idéal pour une action de santé publique envers les usagers de drogues, notamment par la délivrance de matériel d'injection.
Seront également abordés en tables rondes : la récupération et le transport du matériel souillé et la formation.
Cette journée s'adresse également aux préparateurs en pharmacie et aux intervenants en toxicomanie du secteur médico-social.
Organisée par le Respadd avec l'Association française pour la réduction des risques, la Fédération addiction et l'association ASCODE et avec le soutien de la Direction générale de la santé et de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie.
