Juin 2012, n°59
Editorial
Consultations Jeunes Consommateurs : une nouvelle dynamique
Les problèmes de santé qui émergent dans la population adolescente ou de jeunes adultes sont souvent en lien avec des comportements à risque, dont les conséquences peuvent être invalidantes à plus ou moins long terme .Chez l’adolescent, la transgression des interdits et la prise de risque qui s’ensuit peut certes contribuer à la construction de l’identité et à l’expression d’une certaine autonomie mais elle peut également exprimer une volonté d’échappement et un besoin d’être reconnu en souffrance. La prévention, la réduction des risques et l’accès aux soins chez les jeunes constituent de ce fait une préoccupation majeure du ministère de la santé. Ainsi, la dernière conférence biennale sur la santé des jeunes organisée par la DGS le 12 décembre 2011 et intitulée « conduites d’essai, conduites d’excès », portait sur les addictions[1]. De même un appel à projet de la DGS[2] vise à faire émerger des projets innovants dans ce domaine.
En effet les constats sont préoccupants : on assiste au développement de poly-consommations, marquées par des pratiques d'alcoolisation massive, la recrudescence du tabagisme, la persistance d'une consommation de cannabis significative et par le rapprochement progressif des comportements féminins de ceux des jeunes hommes.
Un dispositif national
Depuis leur lancement par les pouvoirs publics en 2004, les consultations jeunes consommateurs (CJC) proposent un accompagnement aux jeunes usagers de cannabis et d’autres substances psychoactives, ainsi qu'à leurs familles.
L’objectif de ces Consultations est de créer un accueil spécifique pour des jeunes qui ne se reconnaissent pas comme nécessitant une prise en charge et ne se voient pas « malades ». Ils s’identifient peu au dispositif centré sur la maladie et l’expression de la souffrance psychique.
Gratuites et permettant l’anonymat, elles proposent aux jeunes consommateurs (mineurs ou majeurs) et à leur famille un bilan des consommations, de l’information et du conseil ainsi qu’une aide à l’arrêt. Si nécessaire, elles mettent en œuvre une prise en charge brève ou une orientation vers d’autres structures.
Elles prennent en compte toutes les substances psychoactives (alcool, cannabis, cocaïne, tabac…), ainsi que les addictions sans produit (jeux vidéo et d’argent, Internet).
Leurs pratiques se fondent sur une prise en compte des phénomènes de l’adolescence et sur une position addictologique centrée sur la personne et non sur le seul produit. Les éléments essentiels de cette démarche comprennent l’alliance thérapeutique entre le jeune et celui qui l’accueille, l’accompagnement de l’évaluation de l’usage, l’approche motivationnelle, le lien avec l’entourage familial et scolaire.
Mais les jeunes, plus encore que d’autres publics, ne poussent pas spontanément la porte des consultations. Il est donc indispensable de mettre en place un réseau et des partenariats qui ouvrent la consultation sur l’extérieur.
Depuis deux ans, un vaste effort de dynamisation des CJC est en cours à partir d’un effort commun de la DGS et de la MILDT. La création de 39 nouvelles CJC vise à étendre leur maillage au plus près des publics concernés. Un renforcement en postes de psychologues a été attribué à certaines CJC à forte file active. Ce renforcement s’accompagne d’initiatives visant à améliorer les pratiques dans toutes les structures existantes et à les faire connaître du public et des professionnels en contact avec les jeunes. En effet, ce public nécessite un effort particulier de formation et de mise en réseau de tous leurs interlocuteurs. Dans ce cadre, l’association IPPSA a reçu mission d’organiser des actions pilote de diffusion de bonnes pratiques de repérage des consommations à risque des adolescents scolarisés et d’orientation vers les structures spécialisées d’aval (CJC).
Le projet capital portant sur les pratiques a été confié à la Fédération addiction. Des réunions régionales regroupant de nombreuses CJC ont permis de recueillir les éléments issus du terrain. Sous la responsabilité d’un comité de pilotage et avec l’aide de l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT), la Fédération a produit un important « Guide des pratiques professionnelles », superbement présenté[3]. Ce document est au cœur de l’étape suivante du programme : un travail d’appropriation de ce référentiel sera mené dans les différentes régions, sous l’égide des ARS et des correspondants MILDT. Des journées portes ouvertes permettront de faire mieux connaître les CJC.
Ainsi renforcé, rénové et dynamisé, le réseau des CJC sera à même de prendre en charge encore plus efficacement le public jeune et son entourage.
Jean-Yves GRALL
Directeur général de la santé
Actualités MILDT
Etienne Apaire quitte la MILDT

Etienne Apaire a quitté les fonctions de président de la MILDT qu'il occupait depuis le 29 août 2007.
Il a été nommé inspecteur général adjoint des services judiciaires par décret du 3 mai 2012.
Prise en charge sanitaire & sociale
"Consultations Jeunes Consommateurs" : un guide sur les pratiques professionnelles
Le plan gouvernemental 2008-2011 a prévu le renforcement du dispositif de prise en charge des jeunes ayant une consommation à risque ou nocive de substances psychoactives telles alcool, cannabis, tabac, voire cocaine. Ces consommations sont aujourd'hui préoccupantes par leur précocité et leurs conséquences néfastes sur le cerveau, les conduites et les performances, mettant en cause l’avenir de ces jeunes voire leur vie. Des décès d'adolescents, conséquence directe de conduites d'alcoolisation, ont été récemment rapportés.
C'est pourquoi le plan a créé 39 nouvelles consultations pour ces jeunes et en a renforcé certaines autres. Par ailleurs, afin d’optimiser le fonctionnement de ce dispositif, la MILDT, à la demande de la direction générale de la santé, a financé l'élaboration par la Fédération Addiction d'un guide de pratiques de référence pour accompagner le développement professionnel du dispositif.
Conçu « avec et pour » les professionnels des Consultations Jeunes Consommateurs (CJC), ce guide se présente sous forme de fiches thématiques. Elles abordent le fonctionnement des CJC, l’accueil, l’accompagnement du jeune consommateur et de son entourage, l’intervention précoce et le nécessaire partenariat à construire en amont et en aval pour donner leur chance à ces adolescents, peu enclins à solliciter une prise en charge, d'entrer au plus tôt en contact avec ce service dès lors qu' un besoin a été repéré par les adultes (famille, proches, éducateurs, soignants, forces de l'ordre, justice ...).
Parce que ces consultations doivent également s'inscrire dans le réseau de prise en charge ( médecine de premier recours, urgences, dispositif de prise en charge hospitalier et médicosocial de leur territoire ), en 2012, la MILDT, la DGS et les ARS organiseront des réunions régionales pour faire connaître le guide et permettre aux CJC, lors de journées « portes ouvertes », de solliciter leur réseau partenarial afin d'approfondir leur connaissance réciproque et de mieux s’articuler.
Le guide est consultable et téléchargeable sur le site de la MILDT
Manifestations et colloques
Conférence internationale « Drogues, alcool et risques professionnels »
Cette conférence s’est tenue à Strasbourg les 14 et 15 mai, dans le cadre du Groupe Pompidou.
A l’initiative de la présidence française du Groupe Pompidou, dix huit pays membres bénéficiant du concours d’organisations internationales (OMS, OIT) et d’agences de l’Union européenne (Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de vie et de travail à Dublin ; Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail de Bilbao) ont débattu et adopté à l’unanimité un « cadre de référence » pour initier, conduire ou valider une politique de prévention.
Cette conférence se situe dans le sillage de débats ouverts dans plusieurs Etats membres, débats qui ont été particulièrement dynamisés en France par la tenue d’assises nationales en juin 2010 et la publication d’un guide pratique « Repères pour une politique de prévention des risques liés à à la consommation de drogues en milieu professionnel ». (cf Lettre MILDT de février 2012)
Le cadre de référence, adopté le 15 mai est utilisable dans toute entreprise exerçant son activité dans un espace politique structuré par les valeurs humanistes du Conseil de l’Europe. Il peut aider à repenser les politiques de prévention et les dispositifs qui en résultent ; il permet d’éclairer les choix à opérer en termes de santé et sécurité en milieu professionnel ; il privilégie les approches fondées sur la responsabilité, le respect des libertés individuelles et collectives, la solidarité au sein des collectifs de travail ; il vise prioritairement à assurer la santé des personnels, leur sécurité, mais aussi celle des tiers et de l'outil de travail.
Sa plus-value vient de ce qu’il place la prévention des risques liés aux conduites addictives au cœur du dialogue social sur l’amélioration des conditions de travail et l’analyse des risques professionnels. Conçu dans une logique d’optimisation de la valeur travail, il aide à construire, de façon argumentée et transparente, les conditions et les modalités d’identification et de dépistage des consommations, et en conséquence, la conduite à tenir vis-à-vis des personnes nécessitant une prise en charge et pour lesquelles un maintien dans l’emploi est recherché à terme.
Une réunion de synthèse et de suivi est programmée à Paris, au siège du Conseil de l’Europe en octobre prochain afin d’assurer la diffusion et l’appropriation de ce cadre de référence par l’ensemble des acteurs (Etats, employeurs, salariés, partenaires sociaux, services de santé au travail).
Observation & recherche
Résultats de l’enquête européenne ESPAD 2011
Tous les quatre ans, l’enquête ESPAD (European School Survey Project on Alcohol and other Drugs), initiée en 1995 par le Conseil suédois pour l’information sur l’alcool et les autres drogues (CAN) avec le soutien du Conseil de l’Europe (Groupe Pompidou), mesure les consommations de drogues des adolescents de 15-16 ans scolarisés dans la plupart des pays européens.
La dernière enquête s’est déroulée entre avril et juin 2011, selon une méthodologie standardisée reposant sur un questionnaire auto-administré et une procédure identiques dans 36 pays et auprès de plus de 100 000 élèves.
Globalement au plan européen, l’enquête fait apparaître des résultats plutôt stables en termes d’usages de drogues illicites.
Le cannabis est le premier produit illicite expérimenté par 17 % des jeunes et 7 % l’ont consommé durant les 30 derniers jours précédant l’enquête, avec une légère hausse par rapport à 2007 surtout chez les garçons.
Pour l’alcool, 57 % des jeunes scolarisés ont bu une boisson alcoolisée au cours des 30 jours précédant l’enquête, évolution stable par rapport à 2007.
Concernant le tabac, 28 % des jeunes européens ont déclaré avoir fumé au cours des 30 derniers jours précédant l’enquête, sans poursuite des diminutions constatées dans les enquêtes précédentes.
En France, où elle était réalisée pour la 4ème fois, l’enquête ESPAD était conduite par l’OFDT en partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale et avec la participation de l’Inserm et de l’Inpes. Elle concernait en 2011, les adolescents nés en 1995 et scolarisés dans les établissements publics et privés du second degré (collèges, lycées d’enseignement général et technique, lycées professionnels) relevant de l’Éducation nationale et du ministère de l’Agriculture. Au total, 195 établissements et 2 572 élèves de 15-16 ans ont participé à l’enquête.
3ème édition du Programme doctoral MILDT – EHESS Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales

Ce dispositif est ouvert à l’ensemble des Ecoles doctorales de sciences humaines et sociales et permet de financer des contrats doctoraux d’une durée de 36 mois.
L’édition 2012 qui ouvrira le 11 juin prochain, entend privilégier les projets en lien avec les problématiques suivantes : "Famille et drogues" ; "Travail et drogues" ; "Savoirs, drogues et gouvernance". L'appel à candidatures sera publié sur le site professionnel de la MILDT, rubrique Recherche.
Focus sur le projet de recherche "PREVDROG-PRO" sélectionné lors de l’édition PREVDROG 2011

Il sera mené pendant deux ans par le Centre de Recherche Travail et Développement (Cnam, Dominique Lhuillier -Gladys Lutz) en partenariat avec l’association Additra (addictologie et travail) et la fédération Addictions.
La 2ème édition de l’Appel à projets de recherche PREVDROG 2012 ouvre le 21 juin prochain. Il sera publié sur le site professionnel de la MILDT, rubrique Recherche.
Ressources pour la prévention
Parution du guide "Prévention des conduites addictives et animation"
La MILDT et le ministère chargé de la jeunesse ont élaboré un guide «prévention des conduites addictives et animation» en direction des organismes de formation de l'animation.
Le milieu des loisirs est un contexte particulièrement favorable pour mener des actions de prévention en direction des enfants et des jeunes, notamment celles dédiées à la prévention des conduites addictives.
C'est pourquoi, ce guide méthodologique s'adresse aux organismes de formation aux diplômes d'État des encadrants de l’animation et s'inscrit dans le cadre du plan de lutte contre les drogues et les toxicomanies 2008-2011 qui vient de s'achever.
Cet outil a pour objectif de fournir des apports théoriques, réglementaires et pratiques pour la mise en place de modules dédiés à la prévention des conduites addictives en milieu de loisirs socio-éducatifs et sportifs.
Le guide est téléchargeable et accessible en ligne sur le site de la MILDT et du ministère des Sports, de la Jeunesse, de l'Education populaire et de la Vie associative, où il sera actualisé de manière régulière.
Briey (Lorraine) : une matinée au théâtre forum
Le 31 mai dernier, la chargée de mission prévention justice a assisté à une représentation de théâtre-forum intitulée "Hors piste" abordant les consommations de produits stupéfiants.
Ce spectacle présenté par la compagnie " Les bestioles", dirigée par Martine Wanioski, a été mis en scène par Olivier Piechaczyk, auteur et comédien, et le service de prévention des addictions "En amont" du Comité Mosellan de Sauvegarde de l'Enfance, de l'Adolescence et des adultes (CMSEA).
Organisée pour les lycéens de la cité scolaire de Briey, la représentation a été ouverte à tous les établissements scolaires.
Sur la base d’un scénario élaboré par des professionnels du théâtre et du champ des toxicomanies, l'action vise, sous le contrôle d'un animateur de séance, professionnel du service "En amont", à amener les jeunes à s'exprimer, prendre des positions, se déterminer par rapport aux situations exposées sur scène.
Cette action de prévention, parfaitement réussie y compris sur le plan artistique, à rencontré un vif succès parmi les lycéens et les enseignants.
Application de la loi & lutte contre le trafic
Stage de magistrats à la MILDT, du 22 au 25 mai 2012
Cette formation s'est déroulée du 22 au 25 mai 2012 et a concerné quatre conseillers de cour d'appel, un président de tribunal, cinq magistrats du parquet, deux juges d'application des peines.
Ces magistrats ont rencontré les chargés de mission qui leur ont présenté l'activité des pôles.
La directrice de l'OFDT est venue leur présenter les chiffres de la toxicomanie ainsi que les récentes études.
Une journée a été consacrée à la lutte contre les trafiquants, avec les interventions de Patricia Mathys, chef de la plateforme d'identification des avoirs criminels (PIAC) et de Stephen Almaseanu de l'agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC) ainsi qu'une rencontre avec le chef de la Brigade des stupéfiants de Paris, le Commissaire Thierry Huguet, et deux policiers de l'unité de communication, de formation et de prévention de la brigade qui leur ont présenté les problématiques du dopage et de la cocaïne.
Les magistrats ont pu également rencontrer le Docteur Olivier Phan, psychiatre, addictologue et responsable médical du centre Émergence, et se sont rendus dans un centre de réduction des risques « Espoir Goutte d'Or » (EGO) du 18ème arrondissement de Paris.
La coopération douanière franco-britannique permet la saisie de plus de 63 kg d'amphétamines et de 6 kg de cocaïne à bord d’un ULM.

Ce sont les agissements suspects du pilote de l'ULM, chargé de livrer depuis la France les produits stupéfiants, qui ont alerté les douaniers.
Lors d’une opération de surveillance menée à l'aérodrome de Marck (62), les enquêteurs de la Direction des Opérations Douanières de Calais et de Lille (DOD) ont assisté à la remise de deux sacs de sport par un automobiliste au pilote de l'ULM.
Alors que les agents de la Brigade de Surveillance Intérieure de Calais-Littoral découvraient les stupéfiants contenus dans les sacs de sport et interpellaient le pilote, parallèlement, les agents de la DOD appréhendaient l'automobiliste, fournisseur des produits stupéfiants.
Cette saisie représente une valeur de plus d’un million d’euros sur le marché illicite de revente des produits stupéfiants.
Immédiatement informés, les services britanniques ont effectué des perquisitions au domicile des deux infracteurs où ils ont découvert plus de 300 cachets d'ecstasy pour un montant de 2 500 livres sterling.
L'affaire a été transmise à l'autorité judiciaire et les deux individus ont été remis à la police judiciaire de Coquelles.
Cette saisie exceptionnelle est le fruit d'un important travail de collaboration mené entre les services douaniers britanniques et français. Elle témoigne de la capacité des organisations criminelles à utiliser tous les types de vecteurs pour le transport des stupéfiants.
Photo : Douane française
International
Tunis : séminaire sur la prévention et la prise en charge des addictions
La MILDT a participé, au titre de la Présidence française du Groupe Pompidou du Conseil de l’Europe, à un séminaire sur la prévention et la prise en charge des addictions qui a eu lieu les 17 et 18 Mai 2012 à l’Institut Pasteur de Tunis.
Cet événement, qui a réuni une centaine de participants, a été organisé par le ministère de la Santé, en collaboration avec le Groupe Pompidou du Conseil de l’Europe et avec le soutien de l’Organisation Mondiale de la Santé.
Ouvert par le ministre de la Santé, ce séminaire a été l’occasion pour des responsables de différents ministères, des médecins ainsi que pour les représentants de la société civile de débattre d'épidémiologie, de prévention, de prise en charge thérapeutique et du cadre juridique. Une stratégie nationale multidimensionnelle sera élaborée à partir des recommandations adoptées lors de ce séminaire. La création d'un observatoire national des drogues et des toxicomanies a également été évoquée.
Centre interministériel de formation anti-drogue (CIFAD)
La formation « ciblage et contrôle des conteneurs »
Le CIFAD propose un catalogue de formations, constamment adapté et actualisé. Celui-ci est désormais adressé chaque année aux attachés de sécurité intérieure, aux attachés douaniers et à la magistrate de liaison. Il permet de répondre aux besoins de formation des Etats et des administrations de l’arc caribéen et des façades caribéenne et atlantique d’Amérique du sud impliqués dans la lutte contre le narcotrafic.
La formation « ciblage et contrôle des conteneurs » du CIFAD est particulièrement sollicitée. En effet, les saisies réalisées démontrent l’utilisation croissante des conteneurs maritimes par les narcotrafiquants pour acheminer, directement ou indirectement, la cocaïne des pays de production vers les deux grands marchés de consommation de cocaïne que sont l’Amérique du Nord et l’Europe. Ce choix des organisations criminelles est motivé par les quantités importantes de cocaïne pouvant être contenues, par le faible coût de ce type de transport clandestin et en raison du risque réduit de saisie des stupéfiants expédiés.
Ce mode d’acheminement pose une double problématique de contrôle aux administrations des Etats situés sur les routes de la cocaïne :
celle du ciblage des contrôles, en raison de l’importance des flux : le transport des marchandises par le vecteur maritime est estimé à 80% du total des échanges mondiaux de marchandises ;
celle de la mise en œuvre du contrôle physique du conteneur par les administrations qui doivent être en mesure de faire face à de nombreux impératifs conditionnant l’efficacité du contrôle : localisation du conteneur suspect, déplacement, mise à quai, logistique déployée pour la visite, sécurité des agents.
Par ailleurs, l’élargissement du canal de Panama, finalisé en 2014, permettra d’accueillir plus de navires et ouvrira cette voie aux porte-conteneurs géants. Les flux maritimes actuels s’en trouveront modifiés, entrainant un accroissement des échanges dans la zone.
Dans ce contexte, le contrôle des marchandises transportées par conteneurs maritimes constitue un défi que la formation du CIFAD contribue à relever. Cette formation spécialisée présente les techniques d’analyse de risque, de ciblage et de contrôle des conteneurs, en associant théorie et mises en situation. Ces outils rationnels permettent de préparer les actions, d’engager les moyens des administrations sur des contrôles ciblés et donc de renforcer leur efficacité.
En mai 2012, le CIFAD a dispensé une formation sur ce thème au Paraguay. Cet Etat est devenu un pays de transit de cocaïne, par voie fluviale, des pays producteurs, vers l’Argentine, l’Uruguay, l’Amérique du Nord et l’Europe. Le Paraguay a donc développé une politique offensive de contrôle des marchandises transportées par conteneurs. Le secrétariat national antidrogue (SENAD), placé sous l’autorité du Président de la République, monte en puissance. En outre, une cellule interministérielle d’analyse et de ciblage des conteneurs a été récemment créée. Depuis 2009, 17 saisies de stupéfiants dans des conteneurs ont été réalisées, représentant plus de 3 tonnes de cocaïne.
La formation dispensée par le CIFAD répondait donc à un véritable besoin exprimé par les autorités de ce pays. La qualité des participants au stage, douaniers et policiers du Paraguay, d’Uruguay et d’Argentine, tous acteurs directs et spécialisés en matière de contrôle des trafics par voie maritime, a permis des échanges d’expériences particulièrement enrichissants et le renforcement de liens opérationnels.
